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[397] - La littérature positive : bibliographie d’œuvres roboratives

Faut-il toujours être malheureux pour écrire ? Il s’agissait de constituer une bibliographie d’œuvres « roboratives », positives...
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.

 

Œuvres littéraires

- BARICO A., Soie.
- BERBEROVA N., Le Livre du bonheur.
- CALVINO I., Si par une nuit d’hiver....
- CAMUS A., La Peste ; Noces.
- CHEDID A., Le Sixième jour, l’enfant multiple.
- COELHO P., L’Alchimiste.
- DIDEROT D., Jacques le fataliste.
- GARY R., Les Cerfs-volants.
- GIONO J., Le Hussard sur le toit ; Angelo ; Regain ; Que ma joie demeure ; Le Bonheur fou ; L’Homme qui plantait des arbres.
- HESSE H., Narcisse et Goldmund.
- HILLESUM E., Journal.
- HOEG P., La Femme et le singe.
- HUGO V., Les Misérables.
- LA FONTAINE (de) J., Contes.
- LEWIS R., Pourquoi j’ai mangé mon père.
- MALRAUX A., La Condition humaine.
- MEUNG (de) J., Le Roman de la Rose.
- NORGE, Le Lombric ; Icare.
- QUENEAU R., Les Fleurs bleues.
- RIEL J., La Maison de mes pères (et les contes du même auteur - à l’exception du « Chant pour celui qui désire vivre », très beau mais triste !).
- SAINT-AMANT, « Le Paresseux ».
- SAINT-EXUPERY (de) A., Terre des hommes.
- SINOUE G., Le Livre de Saphir.
- SUPERVIELLE J., Hommage à la vie.
- VOLTAIRE, Histoire d’un bon bramin.

Personnages

- JULIEN, FABRICE, LAMIEL, LUCIEN, voire RODRIGUE et CHIMENE, sont des personnages « lumineux » et « généreux ».
- ANGELO dans Le Hussard sur le toit de GIONO (héros qui ose afficher un bonheur proprement « solaire » alors même qu’il traverse les pires épreuves).
- D’ARTAGNAN.

Citations

- Jean ONIMUS : « Au risque de s’y briser... vous apercevez bien l’objection ? Vous entendez les cris des gens prudents : à quoi bon montrer aux jeunes, grondent-ils, ces images extrêmes et contradictoires de l’humanité où dominent peut-être les fous et les déséquilibrés ; à quoi bon les initier à Lautréamont, à Kafka et leur faire lire les horreurs d’Henri Michaux ? Et de proche en proche, Flaubert n’est-il pas immoral ? Faites-vous un choix dans Balzac ? n’est-il pas risqué d’étudier Baudelaire ? Rimbaud vous paraît-il très sain ? Oui, madame, l’enseignement comporte des risques : d’un point de vue comme le vôtre, toute culture serait dangereuse parce qu’elle détruit la naïveté. Elle est aux antipodes de l’innocence, elle vieillit, elle flétrit votre enfant ; il se peut même qu’elle lui fasse mal. Toute croissance est douloureuse. L’existence, à moins d’enfermer votre fils dans le paradis de l’enfant Bouddha, se chargera aussi de le meurtrir. Simplement la culture vieillit précocement et en profondeur : c’est ainsi qu’elle prépare à la vie. » (texte intégral sur le site de l’académie de Rouen).
- Antonio TABUCCHI, Démasquer les monstres : « Un poète, a dit que, par ces temps d’obscurantisme, il se contentait de transmettre la lumière d’une allumette. Les personnages de mes livres sont peut-être incertains, désorientés. Ils ne cherchent pas de grandes réponses, ils ne proposent pas de solutions, ils se contentent d’un faible éclat, d’une petite lumière grâce à laquelle ils sont ce qu’ils sont, ils pensent ce qu’ils pensent, ils vivent ici et maintenant, à l’époque où il nous a été donné de vivre. J’allume ma petite lumière et j’ouvre le livre d’un écrivain. Là, les monstres prennent corps et une lumière crue éclaire leur monstruosité... »

Réactions de colistiers (extraits choisis)

Remarque : les suggestions des colistiers se sont succédées sur la liste Profs-L et il est apparu en même temps que se nouait une réflexion sur l’intérêt ou les dangers de mettre en avant une littérature « positive ».
On trouvera ici les remarques collectées.

- Il me semble que la littérature se doit d’inquiéter, qu’elle est éveil, vigilance (pas désespérance nécessairement) et que ce n’est pas son rôle d’édifier, ni de prôner de « vraies valeurs », ni de donner des majuscules au mot vie...
- Il y a une trentaine d’années, les clochards de Beckett ont changé ma vie. Les textes littéraires sont des médiations, nous aident à dire la souffrance paroxystique du réel, à vivre avec.
- Pour moi, une « œuvre » ne peut que questionner, et inquiéter. Elle ne peut ni rassurer, ni proposer des modèles à suivre. L’intérêt d’un roman n’est-il pas, entre autres, de montrer des personnages et des situations complexes, qui échappent à tout jugement simpliste, et de permettre ainsi de s’interroger sur le comportement de l’autre, et donc de soi ? Il me semble important, même si ce n’est pas facile, d’apprendre aux élèves à construire une réflexion sur les valeurs humaines à travers la confrontation avec une oeuvre, qui ne soit ni un manifeste, ni une Bible.
- Oui la littérature inquiète et c’est une de ses plus nécessaires fonctions. Pour voir la vie en rose ou en bleu layette, il y a la télé, la publicité... Il me semble que nos élèves qui vivent dans cet univers pré formaté et aseptisé ont au contraire un besoin crucial de découvrir la réalité.
- Lire Dostoïevski a été une expérience salvatrice pour l’adolescente tourmentée que j’étais alors. Ce que vous nommez les « sombres lueurs » a justement éclairé mon jeune esprit qui n’arrivait pas à nommer son mal de vivre et qui s’enfermait dans une pénible solitude en pensant qu’elle était sûrement la seule à avoir des pensées aussi tordues sur le monde.
- Nous ne sommes pas au catéchisme, et n’avons pas à proposer des « modèles ». Ce que je cherche, moi, quand j’en ai vraiment assez de tous ces héros cyniques, misérables, ces situations sordides ou tragiques, ce sont des oeuvres où l’on puisse trouver un brin d’optimisme, quelques petites raisons de ne pas désespérer complètement de l’humanité et de son destin...
- Il ne s’agit pas de désespérer nos élèves mais de leur montrer que d’autres qu’eux ont connu le doute, se sont interrogés... cela les aidera sans doute à trouver leur chemin et à ne pas désespérer. C’est l’apanage de la jeunesse de se chercher...
- J’ai quant à moi lu le Voyage au bout de la nuit à 16 ans. Cela m’a laissé sur le flanc pendant une semaine avec un drôle de goût dans la bouche. Mais en même temps et paradoxalement cela m’a fait du bien : ainsi je n’étais pas le seul dans mon coin à trouver que la vie ressemblait parfois à un cauchemar, que le monde construit par les adultes était absurde, que les salauds et les pitres étaient légion... Une voix puissante le disait aussi et du coup j’en concevais un formidable espoir : tout n’était pas complètement fermé et grotesque puisque « la Littérature » (et avec Céline, j’avais conscience d’être tombé sur un monument) faisait écho à mon angoisse, cette inquiétude qui habite plus ou moins tous les adolescents confrontés à nos incohérences.
- Sans aucun cynisme, je vous propose alors de fréquenter Valmont, Bardamu, Don Juan, Des Grieux, tant d’autres... qui ont ces qualités plus une : celle de se refuser aux discours bien-pensants comme aux niaiseries. Leur sillage est en effet « lumineux ». Tiens, j’en oubliais un : le marquis de Sade.
- La littérature pourrait d’abord être ça : oser dire, dire qu’on est heureux, dire qu’on ne l’est pas, oser rire, oser s’émerveiller, courir le risque d’être incompris, d’être pris pour un béat ou un épuré, oser espérer d’être compris, toute honte bue. Je pense à M Watrin dans Uranus, hanté par une planète terrible ; je pense à sa joie sidérante, ridicule comme celle de l’Idiot. Dire la joie est parfois une audace digne du plus beau désespoir.
- Dans ce débat ou cette recherche, il me semble qu’il manque tout simplement les textes humoristiques. Ils sont légion, ils permettent cent études et autant de débats, ils chassent la poussière de craie et la désespérance, ils bousculent la morale sans la nier, ils n’empêchent pas de réfléchir, au contraire ; et vous en connaissez tous.

Autres références
- Voir le site internet « Bonheur pour tous ».
- La synthèse 418 sur WebLettres ; La poésie du bonheur
- La synthèse 428 sur WebLettres Le thème du bonheur


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.




Jean-Yves Ragot

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