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[614] - Zéro pour triche

Il s’agissait de savoir comment réagir lorsqu’un élève triche lors d’un contrôle.
Synthèse mise en ligne par Corinne Durand Degranges.

 

Situation de départ
- J’ai mis 0/20 et compte justifier le zéro pour fraude sur le bulletin mais le professeur principal veut me l’interdire. Elle n’en a pas le droit, non ? Comment rédigeriez-vous l’appréciation sur le bulletin ? Je pense à quelque chose comme « Le zéro, pour fraude à un devoir, a fait chuter la moyenne. Il faudra travailler régulièrement à l’avenir, tu peux progresser par toi-même. »
Qu’en pensez-vous ?

Le Zéro serait-il interdit ?

Réponse n°1
- C’est en effet assez embarrassant pour les professeurs, mais on n’a pas le droit officiellement de mettre un zéro pour triche, ce qui est assimilé à un zéro disciplinaire... J’étais à l’IUFM l’an dernier et on nous a mis au point sur quelques sujets de droit scolaire. Je n’ai malheureusement pas la solution miracle, et c’est assez difficile en effet, si vous avez dit à l’élève que vous lui mettriez un zéro d’avoir à « reculer », pour une question de crédibilité. Autant le savoir, mieux vaut éviter les zéros et trouver d’autres moyens... Je pense qu’en effet, on a parfois le sentiment d’avoir peu de marge de manœuvre.

Réponse n°2
- Il est vrai, malheureusement, que l’on n’a pas le droit de mettre un zéro à un élève, sauf si sa copie, suite à un travail, le mérite. Le zéro ne peut être une sanction, mais mettre 1, ne pose pas de problème.
Mettez 1, et on n’en parle plus (ou presque) ou en tout cas on ne peut vous le reprocher.

Réponse n°3
- Oui, le zéro ne doit officiellement, que sanctionner un devoir non rendu ou une copie blanche. Dans le cas, que vous indiquez, l’exercice ne serait pas noté du tout (ou noté sans être pris en compte dans la moyenne), et je donnerais un devoir à la place en heure de colle, ce qui est bien plus stigmatisant pour l’élève qu’un zéro aussi vite mis qu’oublié.
Maintenant, cette tricherie manifeste mérite peut-être un avertissement du conseil de classe. Quant à votre relation avec le professeur principal, c’est vrai qu’elle ne peut rien vous imposer, mais s’il y a eu un effort d’harmonisation des pratiques au sein du lycée pour ce genre de choses (comme c’est le cas dans le mien), elle peut vous inciter par la discussion à la respecter.

Même s’il est illégal de mettre un zéro pour tricherie, n’est-il pas toutefois moral de le faire ?

Réponse n°4
- Je trouve cela grave de ne pas mettre un zéro à un élève qui a triché.
Pour les autres, mais surtout, d’abord pour lui ! En effet, comme le soulignent les textes officielles qui nous en rebattent les oreilles, nous avons une mission d’éducation à la citoyenneté, il est donc à mon sens absolument nécessaire de sanctionner sévèrement la fraude. De plus, le principe de considérer cela comme « un zéro disciplinaire » me paraît totalement infondé : nous évaluons dans un devoir le travail personnel d’un élève ; or s’il triche, il ne fournit aucun travail personnel donc nous mettons zéro comme nous mettrions zéro à une copie blanche (qui, au moins, elle, aurait le mérite de l’honnêteté !). Selon moi, ce n’est donc en aucune façon un zéro disciplinaire !

Réponse n°5
- Si la tricherie est avérée, il me semble qu’il faut la sanctionner par un zéro, tout à fait possible dans cette situation et par une bonne leçon de morale avec tout le grand jeu du professeur déçu par son élève... Élève qui a toutes les capacités... etc.
Ceci dit, je pense qu’il faut garder quelque mesure si l’on veut être crédible et la mention sur le bulletin pour une faute initiale me semble redondante ; je préfère garder cette faute en mémoire et passer un contrat avec le tricheur pour qu’il s’amende vraiment : c’est alors entre lui et moi, à moins qu’il ne récidive.

Réponse n°6
- Je suis vraiment contrarié par ce que je lis : bien sûr les élèves ont des droits et il s’agit toujours de trouver la sanction la plus juste mais il y a un fossé énorme entre la théorie et la pratique, et - veuillez pardonner cette discrimination- le vieux prof que je suis (treize ans d’ancienneté !) sait que parfois il faut improviser en dehors de la « légalité ».
D’ailleurs en théorie, les élèves viennent au lycée pour travailler (c’est explicitement rédigé sur notre règlement intérieur !)... Si on ne punit pas les tricheurs, qu’est-ce qu’on donne, en plus, à ceux qui ont joué le jeu ?

Réponse n°7
- Ca m’est arrivé une fois. L’élève (qui avait de bons résultats par ailleurs) avait la feuille de cours sous son coude. J’ai pris les deux feuilles, les ai agrafées et j’ai mis zéro.

Réponse n°8
- Le professeur principal n’a rien à dire à cela. Et votre idée pour le bulletin me semble excellente. Je n’interviens jamais sur la liste mais les problèmes de triche me perturbent. Je pense que le moyen de le mentionner sur le bulletin, sans faire une référence explicite au zéro, ce qui serait une double sanction, c’est de faire une remarque plus ou moins anodine en apparence mais très transparente, du style, « tout travail rendu doit être personnel ».

Réponse n°9
- Dans ce cas précis, je mettrais 20 /20 sur la copie, avec la mention « a triché » (à faire signer par les parents).
Sur le bulletin, je signalerais que l’élève _n’est pas évalué_, tout en soulignant « ses capacités exceptionnelles, son sens de la droiture, du travail et... de l’honnêteté ».
Je suis absolument contre ce type d’humiliation publique. En revanche la mention sur le bulletin (qui plus est de seconde - puisqu’il n’est pas demandé pour postuler dans une école après le bac) n’est pas une « double peine » mais le rappel de la loi et l’importance de son respect.
Je refuse absolument de « prendre à parti la classe » pour une affaire qui regarde avant tout l’élève, sa conscience, l’institution et moi-même.
Quelles que soient les fautes de l’élève, le respect absolu de sa personne me semble le fondement de notre métier. Il faut refuser toute démagogie, tout laxisme sur des questions aussi importantes mais en aucun cas abaisser et s’abaisser.

Réponse n°10
- D’accord avec les collègues qui ont rappelé que le professeur principal n’a rien à interdire aux autres collègues (bien sûr !). Pour régler le problème une bonne fois pour toutes, je serais plus tordue que vous : j’évaluerais, sans tenir compte de la tricherie. Puis, j’enverrais l’élève faire le corrigé, devant tous ses camarades, au tableau (sans la copie, de préférence) et, bien évidemment, j’évaluerais la correction (en l’annonçant avant ou non). Je poserais les questions qui tuent (pourquoi etc.). En fonction de la réaction et du corrigé, je ferais l’étonnée, me moquerais en prenant à parti la classe (tout dépend de la classe, certes) etc. Ça devrait calmer les ardeurs frauduleuses de tout poil !
Ce n’est pas très gentil mais c’est très efficace. Parce qu’une note, ce n’est pas l’essentiel : ce qui importe, c’est qu’il n’y ait plus de tricherie.
Et ne plus lâcher l’élève de l’année, lui faire payer pendant un certain temps sa malhonnêteté (en lui disant pourquoi on est sur son dos). Ce n’est pas une vengeance, c’est éducatif : tricher fait rarement progresser.

Réponse n°11
- C’est toujours difficile de juger un cas de l’extérieur, aussi mon avis vous paraîtra-t-il peut-être inadéquat. Le professeur principal de la classe n’a pas à intervenir dans votre notation !
Personnellement, je mets 0 ou devoir non rendu, pour fraude. Soit je peux déterminer ce qui a été copié et alors, je mets 0 à la question, sans état d’âme ! mais je note le reste. Soit je ne peux pas et je mets 1 point pour la copie. En général, les élèves sont tellement vexés qu’ils ne recommencent pas, et on ne peut rien me dire puisqu’ils n’ont pas 0.

Réponse n°12
- Il m’est arrivé aussi d’avoir une tricherie collective, alors là, je note une copie, j’agrafe toutes les copies tricheuses et je divise la note par X....ça jette un froid quand on rend les copies ! (car je demande qui est le chef d’entreprise) et là aussi la leçon est efficace. Les tricheurs ne savent plus où se mettre, les honnêtes se régalent et le prof aussi sans avoir besoin de faire la leçon.

Que disent les textes précisément ?

Réponse n°13
- Il me semble au contraire que le zéro n’est interdit que pour devoir non rendu (circulaire Royal de 2000 sur les règlements intérieurs, je me demande d’ailleurs si ce point n’a pas été abrogé depuis). Je n’ai jamais rien lu sur l’interdiction des zéros pour tricherie et serais preneuse du texte officiel, s’il existe. Il me semble que « le maître doit rester maître de sa classe » et que cela passe par la liberté de notation. En outre, lors d’un examen, la sanction est beaucoup plus lourde qu’un simple zéro, puisque c’est l’interdiction de passer un examen pendant cinq ans, non ?

Réponse n°14
- Le texte réglementaire traitant cette question est le B. O (numéro spécial) du 7 (du 4 ?) juillet 2000. Il y est précisé que le zéro (ou toute pénalisation chiffrée) est à proscrire, sauf en cas de fraude avérée. Ce texte stipule en outre que les règles du droit doivent être appliquées. Ainsi, si je puis me permettre cet avis, il faudrait veiller à ce que votre commentaire sur le bulletin ne puisse pas être interprété comme une seconde sanction.
Dans mon établissement, le R.I précise que la fraude ou le travail non rendu peuvent faire l’objet d’une non-inscription de la moyenne sur le bulletin.

Réponse n°15
- Jean-Paul de GAUDEMAR, directeur de l’enseignement scolaire
Lettre adressée le 20 février 2001 aux recteurs et aux inspecteurs d’Académie
« Une des dispositions [de la circulaire du 11 juillet 2000] suscite de vives réactions. Il s’agit du § précisant qu’il n’est pas permis de baisser la note d’un devoir en raison du comportement d’un élève ou d’une absence injustifiée. Les lignes et les zéros doivent également être proscrits. » « Cette disposition [.] ne signifie en aucune manière que les zéros doivent disparaître de l’évaluation du travail scolaire.
Un devoir non remis sans excuse valable, une copie blanche rendue le jour du contrôle, une copie manifestement entachée de tricherie, ou encore un travail dont les résultats sont objectivement nuls, peuvent justifier qu’on y ait recours. L’évaluation du travail scolaire, domaine qui relève de la responsabilité pédagogique propre des enseignants, ne peut être contestée, car elle est fondée sur leur compétence disciplinaire. »
En cas d’absence injustifiée à un contrôle, « elle implique une absence de notation qui aura une incidence sur la moyenne, calculée en fonction du nombre d’épreuves organisée au cours de la période de notation. En tout état de cause, ce texte ne prévoit en rien de faire bénéficier un élève volontairement absentéiste d’une moyenne supérieure à celle qu’il mérite. »

Comment rendre le règlement encore plus explicite ?

Réponse n°16
- Mention est faite de la fraude dans le règlement intérieur de mon établissement et il y est indiqué que la sanction, systématique, sera laissée à l’appréciation du membre de l’équipe concerné. De plus, il m’est arrivé d’avoir maille à partir avec un parent d’élève pour un zéro attribué pour un travail maison. Mon chef d’établissement qui a, ainsi que moi, reçu un courrier très agressif du parent, a soutenu ma décision. Donc, il me semble que votre décision est parfaitement légitime !

Réponse n°17
- Chez nous, apparaissent de plus en plus des sanctions « idiotes » mais bien efficaces et nous sommes encouragés (dans la modération) par notre chef :
- retard dans le rendu d’un devoir (injustifié) = -2 pts par jour,
- préparation non réalisée : 0 pas d’état d’âme,
- comportement perturbateur : recopiage « idiot » (oui, oui, des lignes comme en primaire). Les élèves détestent, rien à corriger, c’est très régressif et c’est très efficace.
- Absence « calculée » à un devoir ou bien absence justifiée à un devoir important : l’élève sait qu’il aura à le faire à son retour
- devoir de français maison trop semblable : note divisée par 2 : là encore pas d’état d’âme.

Réponse n°18
- Pour ma part une fiche distribuée en début d’année explique les sanctions (mais aussi le fonctionnement de l’année en français), je règle ce genre de problème ponctuel de triche immédiatement en téléphonant directement à la famille, le soir à 20h. Effet de surprise ! Succès garanti ! Nul besoin de lanterner avec le CPE et autres profs principaux : c’est en général réglé en 5 minutes ! On peut expliquer la sanction aux parents. Les élèves qui font des efforts eux vous remercient.

Réponse n°19
- Il faut lire le règlement intérieur de l’établissement : le zéro pour fraude pourrait y être admis. Si ce n’est pas le cas, il faudra attendre un prochain conseil d’établissement pour faire modifier le règlement intérieur du lycée, avec l’accord de votre direction et de tous les membres de ce conseil, bien entendu. C’est en tout cas comme cela que nous avons résolu un problème similaire, en faisant figurer explicitement dans le nouveau RI de l’année suivante la règle du « zéro pour devoir non rendu ». À vérifier peut-être avec votre chef d’établissement, mais il semblerait que cette liberté de choisir s’étende à tous les établissements de France. Pour ma part, je suis à l’étranger.


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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Evelyne Tarricone

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