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La dissertation de didactique. Extraits de la correspondance de Victor Hugo

Par stephanieblime - publié le vendredi 4 décembre 2009 à 15:44 dans Le CAPES DE LETTRES MODERNES

Le corpus proposé à l'étude et composé de cinq documents extraits de la correspondance de Victor Hugo : Lettres à la fiancée : lundi 2 septembre 1822 ; Belgique : Bruxelles, 18 août 1837 ; Belgique : Anvers, 22 août 1837 ; Le Rhin (1842), Lettre XXVII, Heidelberg, octobre ; Lettres de Bruxelles : 12 et 28 décembre 1851.

Un document iconographique enrichit l'ensemble. C'est une lettre manuscrite de Victor Hugo à Adèle Hugo datée du 18 août 1837.

Les documents ont une cohérence historique puisqu'ils datent tous du XIXème siècle. Ils suivent l'ordre chronologique et permettent de suivre quelques étapes vécues par l'homme de lettres, de 1822 à 1851. En effet, ces lettres apportent certains éléments biographiques, sur Victor Hugo, au lecteur : l'amour qu'il porte à Adèle (documents 1, 2, 3 et 5), l'annonce de leur mariage prochain (document 1), leur complicité et leur goût commun pour l'art et l'architecture (documents 2 et 3). La lettre est également l'occasion, pour celui qui écrit, de faire partager ses émotions et ses réflexions sur la beauté des ruines (document 4) et de témoigner sur un événement historique : le coup d'Etat de Napoléon III.

Outre la cohérence générique du corpus ( la forme d'écriture choisie par Victor Hugo est la lettre), une cohérence thématique apparaît : le scripteur est loin de chez lui. Il voyage. Cela lui permet d'enrichir sa culture personnelle et de s'adonner à une observation minutieuse de ses états d'âme, d'une ville (Mons), du chemin de fer, des ruines et de réfléchir sur un gouvernement autoritaire qu'il réprouve, celui de « Napoléon le Petit ». Deux formes de discours sont utilisées par Victor Hugo : la forme narrative qui permet de rapporter des événements et la forme descriptive dont le but est de donner à voir à l'autre ce qui est observé.

Les textes et le document iconographique peuvent être proposés en classe de 4ème dans la perspective de la lecture des textes du XIXème siècle et de l'approche du genre littéraire qu'est la lettre.

Quels sont les intérêts d'écrire une lettre lorsqu'on est séparé de ceux que l'on aime ?

Dans une première partie, nous fixerons le cadre de la séquence. Dans une deuxième partie, nous proposerons un projet de séquence.

 

Le corpus proposé permet de faire lire, aux élèves, des textes d'un auteur majeur du XIXème siècle : Victor Hugo. L'étude de ce siècle et de cet auteur est particulièrement recommandé par les programmes de 4ème. En effet, l'étude des œuvres et des textes, au collège, suit une progression chronologique : en 6ème, les élèves travaillent les textes de l'Antiquité, en 5ème, Le Moyen Age et la Renaissance, en 4ème, le XVIIIème et le XIXème siècles, enfin, en 3ème, le XXème siècle.

En outre, il est important, dans cette classe du cycle central d'aborder la lettre. C'est une communication différée entre deux personnes. Elle est destinée à combler l'absence de l'autre par l'écriture et par la lecture. Celui qui écrit la lettre, le scripteur, donne de ses nouvelles à ses proches et il en prend des leurs. Lorsqu'il mentionne le lieu d'où il écrit et le moment, le destinataire peut suivre son cheminement (Bruxelles, Anvers, le Rhin).  Raconter ce qu'il fait, décrire ce qu'il voit permet à l'autre de vivre ses aventures, par procuration. Les lettres proposées ici à l'étude appartiennent à la correspondance privée : le destinataire des lettres est Adèle et un ami de Victor Hugo. Elle permettent de faire le lien entre les absents : le scripteur et le destinataire. Néanmoins, le lecteur semble surprendre cette conversation : il lit des écrits qui ne lui étaient pas initialement destinés. Ces lettres appartiennent au patrimoine culturel français. Elles sont une source d'information sur l'homme, Victor Hugo, sur sa sensibilité esthétique (les descriptions qu'il effectue montrent que son œil est exercé) et sur une époque historique : le coup d'Etat de 1851.

Les objectifs de cette séquence sont donc de permettre aux élèves de connaître Victor Hugo, d'étudier les formes de discours et de comprendre la fonction des lettres.

Nous pouvons envisager de mettre en place une séquence consacrée aux lettres privées de Victor Hugo au 1er trimestre. Elle prend la forme d'un groupement de textes. La dominante est la lecture. Il est important de favoriser la compréhension des textes et de développer le goût de la lecture chez les élèves. Les documents sont étudiés sous la forme de la lecture analytique : il s'agit d'émettre des hypothèses de lecture et de dégager du sens. Des lectures cursives sont proposées pour prolonger certaines séances afin d'enrichir l'horizon culturel des élèves. Leurs compétences de lecteurs sont également sollicitées en fin de séquence : une lecture cursive d'un roman par lettres, pour la jeunesse, est proposée.

La séquence précédente pourrait être consacrée à la poésie et la séquence suivante à l'étude d'une œuvre par extraits : les Lettres de Mme de Sévigné. L'intérêt est de montrer qu'il existe diverses formes pour communiquer.

La situation de la séquence à ce moment de l'année permet également de faire le point sur les formes de discours narrative et descriptive. Les élèves doivent les maîtriser à la fin du cycle central.

Cette séquence est constituée de 7 séances. La première séance prend pour support les Lettres à la fiancée. Une heure est consacrée à l'étude de ce texte. La dominante est la lecture. L'objectif est d'introduire le thème de la séquence et de repérer les caractéristiques de la lettre d'amour. La deuxième séance s'appuie sur le document iconographique. La dominante est la lecture de l'image. En parallèle, un travail de recherches au CDI est mené. L'objectif est de savoir lire un document iconographique, émettre des hypothèses de lecture et rechercher des informations sur V Hugo. La troisième séance prend pour support le document 2. La dominante est la langue. L'objectif est d'étudier quels sont les procédés utilisés afin que la description d'un lieu soit vivante. La quatrième séance utilise le 3ème document. Une heure est nécessaire pour étudier comment Hugo réussit à personnifier le chemin de fer et d'en comprendre le but. La cinquième séance s'appuie sur le document 4 et dure une heure. L'objectif est de montrer que celui qui décrit doit être dans des dispositions particulières, dans un lieu et un moment particuliers pour donner, à sa description, une dimension singulière. Le support utilisé pour la sixième séance est le document 5. En une heure, l'étude se mène autour de ces deux questions fondamentales : Dans quelle mesure ces deux lettres de 1851 traduisent-elles la préoccupation de Victor Hugo pour sa famille et les personnes qu'il aime ? Dans quelle mesure reflètent-elles le contexte historique ?

Enfin, la dernière séance, d'une durée de deux heures, est consacrée à l'évaluation finale. Elle prend la forme d'une rédaction. L'objectif est de vérifier les acquis de la séquence.

Le cadre de la séquence étant fixé, précisons les modalités de son exploitation didactique sous la forme d'un projet de séquence.

 

La première séance prend pour support la Lettre à la fiancée. La problématique retenue est la suivante : Quelle figure de la femme aimée cette lettre de Victor Hugo construit-elle ?

Le paratexte et les marques de la première personne (« Je viens », « il me semble », «  aurai-je », « je vais te revoir ») prouvent que Victor Hugo est l'auteur de cet écrit. Il s'adresse à une personne qu'il connaît comme le montre le tutoiement (« tu »). Les apostrophes précisent qu'il s'adresse à la femme qu'il aime : « mon Adèle », « mon Adèle bien-aimée ».

L'étude de la situation d'énonciation permet de comprendre qui parle et à qui et donc de définir ce qui unit les différentes instances narratives.

La fiancée  est idéalisée. Hugo la met sur un piédestal, il semble la vénérer : « ton cœur d'ange », « ta voix chérie », « ton regard adoré ». Leur relation est quasi fusionnelle.

Hugo apparaît comme un amant impatient (« mon impatience ») de revoir sa bien-aimée : « il me semble que le peu d'instants…coulent bien lentement »). La lettre permet donc de construire les figures du scripteur et du destinataire. L'écriture est un moyen pour pallier cette absence : « Du moins seront-ils employés à t'écrire…tempère ».

Le champ lexical de l'amour et du bonheur est développé : « je suis heureux », « ton amour », « on aime », « celle qui me rend heureux », « véritable amour »… Les deux protagonistes semblent vivre un amour idéal. Le paroxysme de l'amour  sera complet avec le mariage, « notre bonheur à venir et prochain ». La lettre est donc un moyen de dire son attachement à l'autre. Malgré l'éloignement et le temps qui passe(« Il me semble que le peu d'instants qui me séparent de celui où je te reverrai coulent bien lentement »), l'amour perdure et se renforce. Les retrouvailles qu'il imagine rendent Victor Hugo fébrile. Il semble vouloir conjurer le temps qui passe. Il utilise le futur proche (« je vais entendre ta voix », « je vais te revoir ») afin de se donner du courage : tenir pour revoir Adèle. Il est dans l'attente d'un contact charnel : « m'enivrer furtivement d'un baiser ou d'une caresse de toi ». Mais au moment où il écrit la lettre, seuls la pensée et les mots peuvent lui permettre de se rapprocher d'Adèle. La lettre est ici le moyen de faire une expérience différente de l'amour et de vivre ses sentiments par procuration.

En guise de prolongement de cette séance, nous pourrions faire lire, d'une manière cursive,  la lettre d'Ugolin à Manon des Sources. Il lui crie son amour avant de se suicider. La lettre est, pour lui, l'occasion de faire part de ses états d'âme, d'avouer ses fautes passées pour se faire pardonner par celle qu'il aime.

La séance 2 prend pour support le document iconographique : la Lettre manuscrite de Victor Hugo datée du 18 août 1837. Ces deux heures de travail se déroulent au Centre de Documentation et d'Information car l'outil informatique, INTERNET, va être utilisé. Les objectifs sont de savoir lire une image mobile, émettre des hypothèses de lecture et rechercher des informations via le net sur Victor Hugo.

Pour commencer l'heure de cours, il est demandé aux élèves d'exploiter le paratexte et d'expliquer ce qu'ils comprennent : Victor Hugo est l'auteur de cette lettre. Il est probable que les élèves disposent de connaissances sur cet homme, connu, par exemple, comme étant l'auteur des Misérables et de Notre Dame de Paris. L'on peut approfondir les connaissances par un travail de recherches : un groupe doit trouver des informations sur Hugo grâce aux livres, dictionnaires et encyclopédies, un autre grâce à Internet.

Victor Hugo est un écrivain du XIXème siècle. Il s'est marié avec Adèle Foucher et il a eu des enfants.

C'est un auteur protéiforme car il a écrit des romans mais il s'est également illustré dans le genre de la poésie (Les Châtiments, Les Contemplations) et dans le genre littéraire qu'est le théâtre (Ruy Blas, Cromwell…).

C'est un écrivain engagé. Il se plaît à défendre les plus pauvres et lutte contre les inégalités et les injustices (songeons à Melancholia, poème dans lequel il dénonce le travail des enfants). Hugo est contre toutes formes d'oppression. Son opposition à Napoléon III, surnommé « Napoléon le Petit », dans un de ces poèmes extrait des Châtiments, lui vaudra d'ailleurs l'exil dans les îles anglo-normandes de Jersey et de Guernesey. Cela rappelle un certain Voltaire…

La lettre est datée précisément : elle s'inscrit dans un temps déterminé. L'étymologie du mot « manuscrite » est recherchée, le but étant de montrer que cette lettre est personnelle et appartient à la correspondance privée. C'est également l'occasion de réfléchir sur les différents moyens, pour une personne, de communiquer (internet, SMS, carte virtuelle…) et de montrer quels sont les avantages à recevoir une lettre manuscrite (lien entre l'énonciateur et le destinataire, souvenir…). Le support utilisé est particulier : le papier à lettre comprend un dessin. Il représente un clocher, une ville. Il est sans doute utilisé lors d'un voyage. Le dessin permet d'illustrer ce que voit celui qui écrit. Il cherche à maintenir un lien entre sa famille et lui, combler son absence par des mots et décrire un lieu pour en montrer la singularité.

Le paratexte nous apprend aussi qu'il s'agit d'un « cliché Bibliothèque nationale de France, Paris ». La lettre existe toujours, malgré le temps qui passe. Elle appartient au patrimoine culturel de la France. C'est un document unique, authentique, riche et précieux. La BNF est gardienne de mémoire. Elle permet d'effectuer le lien entre les générations et met à la disposition de tout à chacun des documents littéraires inestimables. Le fait d'être au CDI permet de consulter le site de la BNF : les élèves manipulent l'outil informatique et c'est l'occasion de leur montrer comment effectuer des recherches, sélectionner l'information et en faire part à toute la classe.

La séance 2 permet de poser les jalons de la séance 3.

La problématique est la suivante : quels sont les procédés utilisés par Victor Hugo afin que la description de la ville de Mons soit plus vivante ?

C'est une séance à dominante outils de la langue.

L'étude de la situation d'énonciation permet de montrer que Victor Hugo, désigné par le pronom personnel « je » (l 1, 4…), s'adresse à une destinataire explicitement mentionnée dès la première ligne : « mon Adèle ».  Le nom propre est précédé d'un article possessif : cela permet de renforcer les liens affectifs qui unissent Hugo à sa femme.La lettre est un moyen pour se rapprocher, par la pensée et par l'écriture, de l'absente : « c'est un bonheur…en t'écrivant ». (l 3). C'est un moyen également de respecter la parole donnée : « je t'ai promis » (l 4).

La lettre comporte de nombreux indices spatio-temporels : « Belgique, 1837 », « Bruxelles, 18 août », « Bruxelles », « Louvain », « Malines ». Ces précisions permettent à Adèle de suivre le cheminement de son mari. Elle vit le voyage par procuration. Hugo partage ainsi l'expérience qu'il vit avec celle qu'il aime et qui est loin de lui.

L'objet de la lettre est mentionné dès le deuxième paragraphe : Hugo veut décrire une ville, Mons. Cette ville est digne d'intérêt car elle a un aspect singulier : « ville fort curieuse » (l 4). L'adverbe et l'adjectif qualificatif utilisés ici permettent à l'énonciateur d'insister sur son aspect et d'attiser la curiosité de celle qui reçoit la lettre. Le caractère unique de la ville est renforcée par les expressions suivantes : « goût tourmenté et bizarre » (l 6), « vraiment étrange » (l 9), rien de plus singulier et de plus charmant », « rien de plus original ». Il légitime ainsi sa description. Hugo veut permettre à Adèle de se représenter mentalement la ville comme le montrent les verbes à l'impératif : « Figure-toi », « Imagine ».

La description effectuée est subjective : des verbes de jugement de valeur ( « je pense », « ce serait laid si ce n'était grand »), des adjectifs valorisants (« la place est particulièrement jolie », « belle devanture »), des superlatifs (« rien de plus singulier et de plus charmant ») sont utilisés. Ces procédés permettent de renforcer l'admiration de Victor Hugo pour la ville.

De nombreux adjectifs qualificatifs précisent des formes (« rues irrégulières, tordues, étroites ») et des dimensions (« petit clocheton », « la plus haute de ces tours », « une énorme cafetière »). Le vocabulaire de la description est donc particulier. Décrire, c'est représenter un lieu par des mots.

Pour réussir une description, il faut penser aux informations données par les sens. Hugo sollicite le sens de la vue : « on aperçoit », « je ne me suis pas couché pour voir cet ensemble ». En outre, son œil est exercé. Il dispose de connaissances en histoire de l'art. Les termes employés sont spécifiques : « pas un clocher gothique », « beffrois », « pierre à pignons taillés du Xvème siècle »…). Il est capable d'effectuer des comparaisons (« choc du Nord et du Midi », « Flandres », « Espagne »). C'est un voyageur. Il est sensible à la beauté des différents pays qu'il a visités.

Les procédés utilisés pour faire une description sont donc divers et variés. Ils permettent à Victor Hugo de partager ses connaissances avec quelqu'un qui est capable de les comprendre et de les apprécier.

La séance 4 prend pour support le document 3. L' axe d'étude est : Comment Victor Hugo réussit-il  à personnifier le chemin de fer et dans quel but ?

Pour commencer la séance, la relecture du document 2 paraît la bienvenue car Hugo évoque les moyens de transport du XIX ème siècle : dans le premier paragraphe, il parle de « la diligence ». Ce moyen de locomotion oblige les voyageurs à attendre la diligence et nécessite de faire des pauses afin que les chevaux se reposent. Elle représente donc une perte de temps pour les voyageurs (pensons à la diligence de Boule de Suif de Guy de Maupassant). Mais les transports s'améliorent grâce aux différentes Révolutions industrielles qui voient notamment la création de la machine à vapeur. Celle-ci représente un gain de temps et traduit le progrès effectué en matière de transport. En effet, dans le document 3, Hugo évoque « la rapidité » de la machine qu'il qualifie d'  « inouie ». Le terme « tourbillon » est utilisé à deux reprises ; la figure de style qu'est la comparaison est utilisée : « comme par l'ouragan »et « comme l'éclair ». Cela contribue à renforcer la rapidité de la machine.

Grâce à elle, le paysage se transforme. Hugo utilise des négations, « les fleurs ne sont plus… », « plus de points », pour montrer que les repères se brouillent. Le paysage est un véritable tableau impressionniste : « ce sont des taches…blanches », « tout devient raie ». Il est personnifié : « les blés sont de grandes chevelures », « les luzernes sont de longues tresses », « les villes dansent ». En outre, la vision, du fait de la vitesse, devient parfois (« de temps en temps ») imprécise : « une ombre apparaît et disparaît ».Hugo se laisse donc transporter par ce qu'il voit. Il enrichit la description en utilisant des adjectifs de couleur «  rouges », « blanches », « jaunes »… Ainsi, le paysage est varié et coloré : c'est un vrai plaisir pour les yeux.

La machine semble prendre vie. La métaphore filée est utilisée. Le train est assimilé à un cheval : « le cheval de fer est une bête véritable », « notre remorqueur se rendant à son écurie », « comme un cheval harassé ». Le train est animalisé : « une fiente », « son urine », « son haleine ». Il est donc impressionnant et fournit un travail de forcené.

De même, l'écriture est mimétique des mouvements du train, de sa rapidité. Le rythme ternaire est utilisé (« souffler, se lamenter, japper »). Ces verbes à l'infinitif soulignent l'effort de la machine. Suit une énumération de verbes au présent descriptif : « il sue, il tremble…il jette ». L'effort est incessant.

L'observation du chemin de fer permet, à Victor HUGO, de juger des progrès accomplis en matière de transport. Même si « c'est fort laid » (document 2), le train permet un gain de temps : « J'ai fait la course…23 lieues de France », « c'est à 3 lieues…dix minutes ». Grâce à lui, beaucoup plus de voyageurs sont transportés comme le souligne avec insistance les hyperboles : « plus de 1000 personnes emportées », « 1000 ou 1500 voyageurs ».

Le chemin de fer est une nouveauté certaine. Hugo la découvre. Il assiste à un véritable spectacle qui est capable de procurer des sensations :  « il faut avoir senti ». Grâce aux sens de la vue (« on voyait ») et de l'ouïe (« on l'entendait »), « l'illusion était complète ». Hugo ressent donc de l'admiration pour cette machine. Il est fasciné par sa puissance. Toutefois, il semble regretter que la machine ne soit pas un élément esthétique. Les dernières phrases des documents 2 et 3 évoquent la même idée : « c'est fort laid », « l'utile tout sec, jamais le beau ».

Hugo réussit donc à personnifier le chemin de fer en utilisant une métaphore filée particulière, des comparaisons et des verbes particuliers. La description est, pour lui, un moyen de faire revivre à l'autre une expérience qu'il a vécue et de témoigner sur un événement majeur du XIXème siècle : la machine à vapeur.

Il paraît intéressant de donner à lire, en lecture cursive, certains passages de la Bête humaine de Zola car le même thème est traité par l'écrivain naturaliste. Cela permettrait de souligner la récurrence de certains sujets dans l'écriture.

La séance 5 prend pour support la Lettre XXVIII adressée à « un ami ».  En quoi cette description des ruines est-elle poétique ?

 

Le « je », désignant Hugo, est dans un état de solitude. Il est isolé du reste du monde : «  je m'y suis oublié moi-même ». Cet état est propice à la rêverie : « j'y avais été saisi d'une rêverie profonde ». Le destinataire, « vous », désignant l'ami de Victor Hugo, va donc pouvoir lire les rêveries d'un promeneur solitaire…

Le moment choisi pour effectuer cette description est « la nuit ».Le cadre est propice à la réflexion : « regardant les ténèbres que j'avais autour de moi et les ombres que j'avais en moi ». Ainsi, Hugo peut prendre le temps d'observer : « la ruine…toujours déserte à cette heure là ». Le temps semble annihilé. Cela va permettre à Hugo de décrire une sorte de no man's land : « je n'entendais aucun pas, aucune voix… ».

Il vit une expérience singulière. Il assiste à l'animation des ruines. Il est capable de voir leur transformation : « c'était l'heure où les façades…mais des visages ». De même, « La Tour Fendue est personnifiée ». Les termes « tête de mort », « fosses nasales, « voûte du palais », « machoire » le montrent. Ainsi, le paysage prend vie pour celui qui sait le regarder et l'apprécier.

« La lune » va donner un éclairage particulier à la vision comme le souligne l'oxymore suivant : « la lune jetait une clarté lugubre ». Hugo insiste sur l'importance de cet astre : « la lune était montée au zénith », «  la lune avait presque disparu », « faibles rayons de lune ». La lune symbolise le temps qui passe. Elle est également source de lumière : « cette ruine, éclairée de cette façon… ». Elle met en valeur la ruine et lui donne vie et grandeur. C'est ce dont témoigne la gradation suivante : «  la ruine avait une tristesse, une douceur et une majesté inexprimables ».

La description permet ici à Hugo d'émettre un jugement valorisant sur les ruines. L'adjectif et le superlatif le montrent : « magnifique amas d'écroulements », « rien n'est plus grand que ce qui est tombé ».

Le paysage est beau, singulier et digne d'admiration. La lettre est donc l'occasion de faire partager à l'autre une expérience extraordinaire.

Le support utilisé pour la sixième séance est le document 5. En une heure, l'étude se mène autour de ces deux questions fondamentales : Dans quelle mesure ces deux lettres de 1851 traduisent-elles la préoccupation de Victor Hugo pour sa famille et les personnes qu'il aime ? Dans quelle mesure reflètent-elles le contexte historique ?

Il est demandé aux élèves, au préalable, de préparer cette séance et d'effectuer un travail de recherches, en lien avec l'histoire, sur Napoléon III. Il est important de souligner que Napoléon III a pris le pouvoir par la force, grâce au coup d'Etat de 1851. Son pouvoir est autoritaire et supprime beaucoup de liberté (entre autres, la liberté d'expression). Hugo lui est opposé et le dénigre dans un de ses poèmes des Châtiments (que l'on peut lire d'une manière cursive en début de séance) en le nommant « Napoléon le Petit ». Cette apostrophe lui vaudra l'exil… C'est ce que met en avant le paratexte : il « s'enfuit en Belgique ».

Hugo n'emploie pas son véritable nom de famille mais un pseudonyme : « M Lanvin ». De même, son adresse n'est pas précisée : « Bruxelles, poste restante ». C'est une manière de se protéger car il est en fuite : il ne souhaite pas être retrouvé par le régime de Napoléon III. Cela lui vaudrait l'emprisonnement.

A la différence des autres lettres, le destinataire n'est pas désigné par son prénom mais par une apostrophe qui préserve son anonymat : « chère amie ». Néanmoins, certains indices permettent de comprendre qu'il s'agit de sa femme. Hugo évoque ses « chers enfants » et mentionne « la maison ». Il donne des consignes qui laissent penser que la destinataire  connaît ce à quoi Hugo fait référence : « tu trouveras les titres des rentes…armoire de laque ».

Il prend ses précautions. Il est suspicieux comme en témoignent les verbes à l'impératif : « ne les remets à personne ». Il lui donne des conseils, des recommandations : « aies-en grand soin », « recueille et garde…mon lit ». Il apparaît également soucieux de sa famille : « envoie-moi des nouvelles détaillées », « dis à mes enfants bien-aimés que mon cœur est avec eux »…La lettre est donc l'occasion de « gérer » sa famille à distance.

Par ailleurs, Hugo n'en perd pas moins sa verve ironique. L'expression « on m'a un peu », répétée à trois reprises, est une antiphrase. Hugo cherche à atténuer la violence de l'interpellation : « on m'a un peu pris au corps, fort poliment du reste ». Il dit le contraire de ce qui c'est réellement passé.

Il se présente comme un proscrit et la phrase (« les journaux de l'opposition…inutile ») prouve qu'il est contre Napoléon « l'homme du coup d'état ». Il relativise la situation en faisant référence à Voltaire qui a, lui aussi, connu l'exil un siècle avant lui…

Ses écrits et son « rire » lui permettent de narguer le régime politique. La résistance se met en place. L'écriture est un moyen de lutter contre le régime autoritaire : ‘je travaille beaucoup aux écrits que tu sais ». Il faut véhiculer des idées pour faire entendre sa voix et convaincre le plus grand nombre que le pouvoir de Napoléon III est illégitime.

La lettre est l'occasion de montrer que le régime politique contrôle tout: « quel dommage que cela ne puisse être publié ainsi ». De même, il est intolérant. Seule la force compte : Paul Meurice et Auguste Vaquerie, « ces chers prisonniers », sont d'ailleurs enfermés à la Conciergerie pour « délits de presse ».

La lettre permet donc de saisir des événements sur le vif. Elle constitue un témoignage sur un événement historique majeur du XIXème siècle.

La dernière séance est consacrée à l'évaluation finale. Il est demandé aux élèves de rédiger une lettre.

Le sujet est le suivant : Adèle Hugo répond aux deux lettres de décembre envoyées par son mari. Elle entreprend de lui donner des nouvelles de sa famille. Elle l'encourage à rester fort et à supporter l'exil.

Vous utiliserez la forme de la lettre et vous veillerez à alterner les discours narratif et descriptif. Le champ lexical de l'amour sera développé. Une attention particulière sera portée à la correction de la langue.

 

En définitive, cette séquence a permis d'étudier des lettres d ‘un écrivain majeur du XIXème siècle. Chaque lettre a une fonction particulière : crier son amour, décrire un lieu, évoquer un événement important, source de progrès (le chemin de fer), dénoncer un régime politique.

Elle permet d'établir un lien entre des personnes qui sont séparées et d'assurer la communication.

En guise de prolongement, L'enfant d'Hiroshima, d'Hatano, peut être proposé en lecture cursive. C'est une œuvre de la littérature pour la jeunesse qui évoque la Seconde guerre mondiale. Un enfant dit ses difficultés à vivre dans un tel monde à sa mère, par le biais de lettres.

 

 

 


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