Le paysage double
Il y a deux ans , je fus invité chez mon oncle, que j'allai voir pour la première fois, à passer quelques jours dans son immense château en Bourgogne. Je fis trois cent kilomètres pour arriver chez ce vieil homme . En arrivant, j'ouvris une immense grille où s'était perché un corbeau, j'eus du mal à rentrer. Le château était entouré d'une étrange forêt et un long chemin creux nous menait à la porte d'entrée . Un homme, à la moustache et à la barbe grises , habillé de vieux vêtements froissés , un béret sur la tête, m'accueillit chaleureusement . Le salon était éclairé par le feu qui jetait des reflets rougeâtres , il y avait une tapisserie vieillote et un lustre habillé de pierres précieuses. Il m'emmena dans la chambre où j'allais séjourner. Elle était vaste, les meubles étaient surchargés d'ornements de rocaille et la toilette était couverte de boîtes à peignes, de houppes à poudrer. Cette chambre n'était pas très rassurante.
Mon oncle m'invita à manger. Nous discutâmes beaucoup sans voir le temps passer. Je montai dans ma chambre vers minuit. Je me déshabillai promptement, je me couchai et je fermai bientôt les yeux en me tournant vers les fenêtres . Il n'y avait pas de rideaux. La lumière de la lune m'empêchait de dormir. Je vis un tableau que je n'avais pas remarqué auparavant, je l'observai longuement: c'était un paysage forestier et hivernal, les arbres étaient recouverts d'une nappe blanche, une petite maison en bois apparaîssait au bout du chemin. Mes yeux se fermaient peu à peu, je m'endormis.
Le lendemain matin, le lever du soleil me réveilla, j'étais encore à moitié endormi. La pendule sonna sept heures. J'avais très peu dormi. En ouvrant les yeux, je ne savais que penser de ce que je voyais: le tableaux hivernal que j'avais tellement regardé, était devenu printanier. Les arbres étaient recouverts de feuilles rouges et vertes, la maison respirait le bonheur. Mon sang se glaça , j'eus du mal à respirer, des frissons gagnèrent mon corps.
Pendant les autres jours , tout fut normal, le tableau ne changea plus de saisons. Mon séjour se termina. Je ne sais si j'étais sous l'emprise de la somnolence où si c'était bien réel …
Lucie J.