Le château du terrible
J'étais arrivé à Moscou deux jours plus tôt. Cela faisait trois jours que je traversais le Russie pour son histoire et ses monuments. Mon excitation était palpable face à l'idée de visiter le château d'Ivan IV' dit « Ivan le terrible ». Dans le bus où je me trouvais, on voyait les petits flocons de neige qui tombaient sur le sol. On aurait dit qu'ils dansaient dans le ciel. Même, il me semblait voir un roi, le vent et ses soldats, les flocons mener bataille contre une armée invisible. Et les nuages, eux, regardant la scène, défilaient dans le ciel. Quand nous arrivâmes devant le château, il commençait à faire nuit. Il ne se trouvait pas dans la ville, il était à une cinquantaine de kilomètres de Moscou, perdu dans la montagne. Nous sortîmes du car et il repartit aussitôt vers la ville d'où nous venions. Je fixais alors le château pendant plusieurs minutes. Il était gigantesque, on aurait dit qu'il faisait trente mètres de haut alors qu'il n'en faisait que dix-sept virgule quatre mètres d'après le livre sur Ivan IV que j'avais lu. Je crus qu'il allait me dévorer avec ses …… pointus. Et ses petites fenêtres, elles, en revanche me fixaient avec des prunelles sombres et lugubres. J'étais pourtant sûr que je n'avais pas trop bu dans le car avec mes collèges historiens. Le guide nous fit entrer assez rapidement et je ne pus pas beaucoup plus admirer la robustesse et la grandeur de l'architecture extérieure du château. La tempête était puissante et quand nous fûmes tous rentrés à l'intérieure, on aurait dit qu'elle s'était aggravée. La première pièce où nous entrâmes donnait des frissons, elle avait beau être décorée d'une manière très classique et de bon goût, on aurait pu penser que le château était encore habité. Ce n'était qu'une impression. Je finis par m'approcher d'un des nombreux tableaux qui ornait la pièce. Il était bien étrange, la femme de ce tableau semblait être vivante elle me regardait. Quand soudain, je sentis comme une main dans mon dos. Pris de panique je me retournai. En fin de compte ce n'était qu'un simple gant exposé un peu rembourré qui donnait la sensation d'avoir une main à l'intérieur. La pièce suivante était un salon. J'avais de plus en plus peur car le vent faisait comme le son d'un hurlement rauque. Il frappait la pierre dont était fait le château. Le vent s'accéléra et le sol trembla de plus en plus. Le ciel était sombre. Tout à coup plus rien, plus un bruit. Le hurlement reprit alors que le ciel s'était éclairci. La clarté de la lune était forte. Je me retournai et devant moi se trouvait un homme d'une blancheur livide. Malheureusement je me rendis compte que j'étais seul. J'avais dû me perdre. J'étais trop captivé par les lieux. Oui, devant moi se tenait un homme très grand habillé à la Russe comme un riche militaire. Il avait une petite barbe et les yeux rudes et malfaisants d'un tyran devenu fou. La fureur se lisait dans ses yeux. Il s'avança vers moi. Mon ventre se tordait car ma peur était horrible. J'avais en face de moi ce qui semblait être le fantôme d'Ivan le terrible, du moins je pense car il portait une chevalière qui ressemblait à celle d'un portrait très connu de lui. Je crus même que mon angoisse allait me faire succomber. Alors je me mis à courir, courir comme je n'avais jamais couru. Je ne me retournai même pas pour voir s'il me suivait. Je trouvai la sortie et je vis tout le monde près du car qui s'impatientait. Je dis à mes compagnons que j'étais désolé de les avoir fait attendre. Je n'ai jamais dit à personne ce que j'avais crus voir. On m'aurait pris pour un fou. Je persiste néanmoins à croire ce que j'avais vu car je ne sais comment, la chevalière d'Ivan IV était arrivée dans la poche de ma veste. Je venais de me rendre compte que j'avais fait face à « Ivan le terrible » !