Ah ! Oserais-je raconter la chose folle qui m'est arrivée ? Ce fait inexplicable … oui, je le pense. Il y a dix ans de cela, j'étais encore une jeune mariée pleine de rêve, d'espoir. Je venais d'épouser Antoine comte de Beauharnais et il m'emmenait vivre avec lui dans son château de Picardie. J'étais heureuse et ne pensais pas que ma vie allait être gâchée jusqu'à ma mort. Quand j'arrivais au château, je me sentais harassée par le long voyage que je venais d'entreprendre. Je montai directement dans la chambre à coucher et m'endormis d'un sommeil de plomb. Le lendemain, quand je fus réveillée, je remarquai un tableau de femme dans le petit salon où je prenais mon petit-déjeuner. Je demandai à ma servante qui était cette femme si belle et si pure, que sa beauté en devenait effrayante. Elle hésita longuement et finit par me dire que c'était l'épouse défunte de mon mari. Folle de douleur car je ne savais point que j'étais la femme d'un veuf, j'observai le tableau de plus près : C'était une jeune femme à la longue chevelure d'or, elle portait une robe de soie blanche qui la faisait paraître comme si elle était en noce. Sa peau blanche, presque translucide se confondait avec le tissu. Elle avait les yeux verts, un regard de glace et une féroce expression de possession. Prise d'angoisse, je commençai à trembler comme une feuille et à avoir des sueurs froides. Je me réfugiai dans les bras de mon cher et tendre époux et lui demandai de se débarrasser de ce tableau, qui me faisait tressaillir. Hélas, il ne voulut pas car il pleurait encore son ancienne épouse. Le soir, je brodai tranquillement à la lueur de ma chandelle qui faisait danser les ombres sur les murs, la pièce était sombre et lugubre, elle manquait de chaleur. Soudain j'entendis quelques craquements, ce n'était peut-être que les souris qui furetaient sur le parquet mais un pressentiment me contredit. Je pris ma chandelle et sortis dans les corridors, il faisait froid, trop froid pour un soir d'été. Je sursautai, la pendule venait de sonner douze fois, il était minuit, et je la vis : La figure plus étrange que d'habitude, une espèce de sourire à sa bouche vermeille qui me fit froid dans le dos, elle brillait dans le noir, toute vêtue de blanc. Elle m'empoigna à la gorge et dit :« Tu n'as pas le droit de le toucher, c'est mon époux, pas le tien. Rends le moi, rends le moi ! » Hurlante de terreur, je m'arrachai à son étreinte et griffai ses mains glaciales et pâles comme la mort. Alors, une fièvre de fuite m'envahit. C'était la panique, la vraie panique. Je m'élançai et commençai à courir bien que la bienséance me l'interdisait. Je fermai la porte et entrai dans ma chambre. Là, brûlante de fièvre, je m'évanouis.
Le jour d'après, je me réveillai dans un état d'étrange anxiété. Avais-je rêvé ? N'était-ce qu'un songe ? Malheureusement en commençant à peigner mes cheveux, je découvris en me regardant dans ma glace, deux marques autour de mon cou dénudé, elles étaient rouge comme le sang. Etait-ce l'effet du délire de la fièvre ? Non, je ne le pensais point. Je pris donc une grande résolution pour en finir avec cette femme qui bien que morte m'empoisonnait la vie, j'allais brûler ce tableau maléfique.
Le jour suivant, je décrochai le tableau et le regardai, je l'espérai pour la dernière fois. Il me paraissait plus effrayant que jamais. Je pris une bûche enflammée dans la cheminée et la jetai sur ce portrait, qui m'avait presque rendu folle. Malheureusement le tableau enflamma la nappe, qui mit à son tour le feu au château. Mon mari entra à ce moment là et essaya de sauver le tableau, je ne pus le faire changer d'avis pour qu'il s'enfuie avec moi.
Quand les pompiers arrivèrent, trop tard, ils m'expliquèrent que mon mari était décédé et qu'ils n'avaient rien pu sauver du château excepté un tableau..
Ilana Balavoine-Fisch 4 4