LE PLAISIR DU TEXTE

Par Elève - publié le vendredi 16 janvier 2015 à 17:16 dans Nouvelles fantastiques 4ème
J'étais à la troisième année de mes études. Pendant cette troisième année, les élèves de l'université partaient six mois à l'étranger pour apprendre une nouvelle langue et découvrir une civilisation. Je choisis l'Inde. J'arrivai par avion, après un voyage qui m'avait semblé interminable, à Mumbaï. Cette ville en plein développement regorgeait d'activité, une ébullition permanente y régnait. Je m'installai dans le studio pour étudiants qu'on m'avait attribué, posai toute mes affaires dans la pièce et sortis à la découverte de la ville. Je m'émerveillais de toutes les nouvelles choses que je voyais, que je sentais, que j'entendais. Des taxis jaunes passaient dans tous les sens en klaxonnant les hommes, qui traînaient derrière leurs vélos des chariots remplis à ras bord de diverses marchandises. Parmi les immeubles désaffectés qui bordaient la route s'élevaient de larges palais aux styles orientaux qui paraissaient être des perles rares dans un tas de gravats. Ils étaient ornementaient de sculpture de déesses sacrées qui semblaient méditer en silence et d'éléphants aux immenses oreilles alourdies par le poids d'anneaux d'or qui brillaient au soleil. Le tout était d'une minutie extraordinaire et de couleurs flamboyantes. Les bruits de klaxons se mêlaient aux voix des femmes parlant entre elles dans une « langue rivière » comme je me mis à l'appeler, elle était fluide et claire comme un chant? J'aurais pu m'arrêter là, au milieu de ce trottoir couvert de déchets où reignaient ces femmes aux robes couleurs de feu, pour m'enivrer de ce chant, de cet air qui me faisait tourner la tête. Et puis il y avait cette odeur, cette odeur d'épices et de pain chaud qui flottait dans l'air autour de moi? Tout aurait été parfait si une chaleur accablante ne m'étouffait pas. Je suais et bientôt je dus m'obliger à faire le chemin inverse pour me changer. Mais je me rendis alors compte que cette euphorie citadine m'avait emportée dans un dédale de rues qui m'étaient bien sûr totalement inconnues. J'étais perdue. Seule dans cette grande Mumbaï. Mon chemisier collait à ma peau et ma respiration était de plus en plus difficile. Mes chaussures me serraient et des cloques se formaient, le tissu de ma chaussette frottait contre ma peau. Bientôt il me fut insupportable de faire u pas de plus. Un étrange malaise m'envahissait. La fièvre montait. C'était la nuit. Devant moi, une fille boitait. Elle portait un chemisier rouge qui lui collait à la peau et elle paraissaient totalement perdue dans cette immense Mumbaï. Elle marchait exactement dans mes pas. Elle avait la même coupe de cheveux que moi, les mêmes reflets roux dans les cheveux, elle faisait la même taille que moi, elle avait le même grain de beauté dans le creux de la main que moi. Ce n'était pas possible. Je divaguais. Ce n'était pas possible. La lourdeur de la chaleur continuait à m'assaillir. Elle s'arrêta au même moment que moi, à bout de force devant les portes vitrées d'un grand immeuble moderne. Je nous regardaient, mon double et moi. Perdues. Dans cette grande Mumbaï. Des sons presque imperceptibles dans le brouhaha alentour sortirent de sa bouche. Puis le silence se fit. Plus un bruit. Elle attendait une réponse mais je n'avais pas saisi un quart du neuvième de sa question. Qu'attendait-elle de moi ? Le doute s'installait. J'avais chaud. Très chaud. Trop chaud. J'avais l'impression que mon corps fondait doucement tandis que je me concentrais pour concentrer le peu de bon sens qui me restais pour répondre à cette question. Le trouble était là. Pourquoi peiner à répondre à sa propre question ? Car je le savais, là devant, c'était moi, mais tout s'embrouillait, dans le miroir des portes du bâtiment en face de nous il y avait des reflets, un ou deux, les deux miens, le sien, le mien, les deux siens, les nôtres, les leurs, tout se brouillait, tout se mêlaient. J'essayais de garder la tête claire mais cela m'était totalement impossible? Et pui devant moi, mon visage dans la glace qui attendait sa réponse, je ne comprenais plus rien. Un courant d'air m'effleura, alors tout se calma, mon cerveau reprenait lentement ses fonctions. Ma peau calcinée par le soleil refroidissait et ce fut comme si on me berçait. Je fermai les yeux une seconde et quand je les rouvris, mon double avait disparu? Avais-je tout imaginé ? Ou est-ce que mon double avait bel et bien posé cette question qui restera a jamais un mystère ? Je pris un de ces taxis jaunes pour rentrer à mon studio. Par la fenêtre défilait la ville beaucoup plus calme dans le silence et la fraîcheur de la nuit, ou peut-être était-ce mon imagination.

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Publié le vendredi 16 janvier 2015 à 17:29 par Lamartine
Par Madeleine.

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Publié le lundi 19 janvier 2015 à 20:09 par Elève
👍😄

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Travaux d'écriture d'élèves du collège Lamartine à Paris.
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