LE PLAISIR DU TEXTE

Le double obsédant

Par Elève - publié le lundi 19 janvier 2015 à 06:51 dans Nouvelles fantastiques 4ème
     Oh ! du papier ! un crayon ! Je vais pouvoir écrire ! Mais, oserais-je le faire ? Ou plutôt, pourrais-je le faire ? Et, si j'écris mes horribles pensées, ne me prendra-t-on pas pour un fou ? Ne m'obligera-t-on pas à revoir les méchants messieurs en blanc ? Ne me piquera-t-on pas de nouveau ? C'est fort probable. Mais je me lance tout de même dans l'écriture d'un sujet que l'on ne veut pas évoquer.

C'était il y a un an. Ne serait-ce pas plutôt deux ? Oh, Dieu, j'ai perdu toute notion du temps qui passe ! Je disais donc, il y a un an de cela, alors que j'étais chez moi afin d'écrire une rédaction, je dus aller, fatale erreur, chercher une feuille au salon.
     Dans cette pièce se situe un miroir de haute taille. De nombreuses traces de rouille couvrent ses contours naguère d'un rouge éclatant et une fine couche de poussière s'amoncelle sur l'étain fissuré de sa vitre. J'eus le malheur de regarder d'un ½il distrait cette antiquité décrépite.
     Devant moi ne se dressait pas le morne reflet de ma vie, mais un animal vaguement humanoïde qui haletait par respirations saccadées. Pris d'un soudain effroi, -que dis-je ?-, d'une affreuse épouvante, je reculai promptement en hurlant.
     Alors, l'être reflété qui, jusque là, n'avait pas bougé d'un cil, se redressa et me fixa. Ses yeux hagards, furibonds et d'un bleu électrique, m'anéantirent en me transperçant, et ce, malgré l'énorme tignasse blonde qui les recouvrait. Malgré le fait qu'il fût dans une glace, je pouvais presque percevoir son souffle rauque, toucher le pus qui sortait de ses multiples cicatrices, sentir le sang qui coulait de son nez. Ses vêtements en lambeaux ne cachaient pas son frêle corps adolescent couvert de griffures et d'autres balafres.
     Ce morceau de chair fumant et sanguinolent m'inspirait la plus profonde des horreurs. J'étais tétanisé à la vue de cette affreuse créature. Elle me criait quelque chose, sans doute une menace de mort. Grâce à cette macabre pensée, je pus détourner mon regard de l'hypnotisante créature et m'enfuir. Mais Elle était partout : je revoyais Sa figure hurlante dans chaque vitrine de magasin, dans chaque rétroviseur... Mes derniers souvenirs sont flous, mais je me souviens encore d'hommes en blanc, et d'une douleur au bras. Puis je ne me souviens plus de rien...

     Maintenant, je suis dans une pièce carrée, blanche, avec un miroir remplaçant l'un des murs. J'ai tenté de m'évader puis de me suicider maintes fois, mais je n'ai gardé de ces épreuves que de multiples cicatrices. J'ai déchiré mes habits en signe de rébellion et mes cheveux ne sont plus qu'un immense fouillis. Et, tous les jours, je hurle sur le miroir . J'essaie de me prévenir de ne pas venir dans cet enfer. Mais, personne ne m'entendra jamais...


Joseph LENORMAND 4e4

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Travaux d'écriture d'élèves du collège Lamartine à Paris.
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