LE PLAISIR DU TEXTE

Nouvelle par Jonas M.

Par Lamartine - publié le mercredi 25 novembre 2015 à 04:46 dans Nouvelles fantastiques 4ème
J'étais dans la salle d'attente du psychologue avec qui j'avais mon premier rendez-vous. Ce soir d'hiver, celui qui a marqué ma vie, celui qui m'a troublé à jamais, annonçait une nuit sans lune. La vie des être humains est tellement insignifiante vis à vis des évènements négatifs que l'on rencontre tout au long de sa vie, qu'elle peut s'écrouler en un instant. Le docteur, un certain M. Fernandez, qui venait certainement d'Espagne, était très connu dans le milieu de la médecine et était reconnu pour les exploits qu'il avait accomplis : il avait guéri des personnes de la psychose hallucinatoire, une maladie qui donne des hallucinations parfois graves et entraîne des troubles nerveux. Je venais le voir car un ami me l'avait conseillé pour lutter contre ma schizophrénie. A peine étais-je entré dans le cabinet, que je me sentis transporté dans un autre monde. Je n'y prêtai guère attention sans savoir qu'une dizaine de minutes plus tard, j'allais regretter mon insouciance. La salle d'attente était vide et je m'installai confortablement dans un gros fauteuil. C'était une petite antichambre rectangulaire qui donnait sur une cour d'immeuble. Une large table basse en verre se situait au centre de la pièce et y étaient déposés quelques magazines de mode et des journaux d'actualités. Un lavabo se présentait à ma droite si bien que je bus un verre et le posai sur la table basse avant de continuer ma contemplation. Il y avait sur chaque mur deux portraits magnifiquement ornementés. Ils représentaient tous d'anciens nobles et de riches bourgeois sauf un, qui attira particulièrement mon attention. C'était une jeune femme blonde, sans doute une marquise ; elle était dotée d'une grande beauté. Son visage avait des traits tellement fins qu'il donnait mal à la tête de le fixer trop longtemps. Ses cheveux semblables à des fils d'or et son teint très pâle contrastaient avec sa magnifique robe de velours noir. Ses yeux bleu clair rappelaient les légendes de princesses parfaites. Je la regardai un moment puis, me ressaisissant, pris un des journaux posés sur la table et le lus pour patienter jusqu'à la consultation. Le temps fut long, très long. Plus il passait, plus je me demandais pourquoi une si belle peinture -et surtout d'une si belle femme- pouvait être exposée dans une antichambre et non dans un musée prestigieux comme le Louvre si bien que je me déconcentrai de ma lecture et commençai à rêvasser. Je crois bien que je m'endormis dans un sommeil profond... La suite est confuse. Un bruit me fit sortir de mon sommeil. C'était un craquement de bois. Je réfléchis et compris qu'il s'agissait d'un des tableaux. Je les contemplai un à un et remarquai que le tableau de la jeune femme était penché. Je voulus le remettre à sa place mais avant que je pusse faire un geste, le portrait grinça et je dus boucher mes oreilles pour ne pas m'évanouir de douleur. La toile commença à bouger comme si on lui donnait des coups par l'arrière. Un autre grincement retentit et fit vibrer le sol. Je ne vis pas la suite mais par les évènements suivants je déduisis que la femme était sortie de la peinture. Oui, la peinture avait pris vie. ` Je me pose la même question que vous, encore aujourd'hui : « Comment est-ce possible ? ». La femme était plus pâle que jamais. La beauté de son visage était inimaginable et je découvris son corps avec autant d'admiration mais quelque chose chez elle me faisait peur. Un côté sombre. Comme si la mort avait fait un pacte avec la vie pour créer cette créature qui ne pouvait être humaine. Je voulus lui parler mais ma gorge était sèche ; je voulus lui faire un signe mais mes membres était soudés. Je la regardai s'assoir délicatement. Le fauteuil grinça et le silence s'installa. Il m'était insupportable mais je dus le supporter pendant plusieurs minutes. Je sentais mes mains trembler de peur. Après quelques minutes de contemplation mutuelle, la femme du tableau se leva brusquement, se cogna à la table qui trembla et qui fit tomber mon verre. Le docteur me réveilla d'un profond sommeil mais je pris garde de ne pas lui parler de ma mésaventure pendant ma consultation. Il me prescrivit plusieurs médicaments puis m'invita à sortir. Je lui demandai qui était la jeune femme du tableau mais il ignora ma question pour me laisser à jamais dans le doute, l'incompréhension et surtout l'amour d'une femme inconnue et inaccessible. Quand je sortis, je passai par le vestibule et un détail ne m'échappa pas : des débris de verre gisaient par terre, à côté de la table basse.

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Travaux d'écriture d'élèves du collège Lamartine à Paris.
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