Nouvelle par Jules
Par Lamartine - publié le mercredi 25 novembre 2015 à 05:19 dans Nouvelles fantastiques 4ème
Le Bassin Maudit
Cela faisait maintenant deux jours que je marchais, seul et dépourvu, sur ce chemin peu fréquenté des Pyrénées; et il ne devait pas être loin de minuit lorsque je tombai sur une maisonnette étrange, qui semblait être abandonnée depuis au moins un siècle. Voyant là un refuge où je pourrais dormir cette nuit, je m'approchai des fenêtres et tentai de regarder à travers. Malgré tous mes efforts pour les nettoyer, il me fut impossible de voir quoi que ce soit, la saleté les recouvrant d'un rideaux épais des deux côtés. Je marchais alors vers la massive porte de bois noir dans l'espoir incongru qu'elle ne fut pas verrouillée, lorsqu'une petite fenêtre que je n'avais pas remarquée claqua bruyamment, comme si un coup de vent un peu plus fort que les autres l'avait brusquement fermée. N'y prêtant pas trop d'attention, je m'approchai un peu plus de la porte lorsqu'un second claquement sec retentit. Je me figeai. Soudain, l'illumination se fit : si l'on regardait de plus près l'architecture de la maisonnette, il semblait logique que la fenêtre qui avait claqué tout à l'heure ait sa jumelle de l'autre côté de la maison ! J'en déduisis que c'était la fenêtre de derrière qui avait claqué à son tour. Je crois qu'une partie de moi-même savait que je cherchais une explication plausible à tout prix, mais je me refusais à l'écouter. Bien que moyennement satisfait par cette explication, je reportais à nouveau mon attention sur la porte et refis un pas vers elle. Je sentis mes entrailles se geler : un troisième claquement retentit. Je ne croyais pas au surnaturel et je me refusais à penser que quelques êtres étranges et maléfiques hantaient cette maison. Réprimant ma panique grandissante, je m'assis sur la bordure du chemin, ne pouvant me résoudre à pénétrer dans la maisonnette. Le temps passait lentement et le froid m'assaillit, faute de mouvements, et je pus rester longtemps assis là. Ma respiration formait de la buée devant mes yeux et me troublait la vue. Je portais mon regard sur la maisonnette et aperçus tout de suite que quelque chose clochait. J'observai plus attentivement et remarquai que la porte était entrouverte. Je ne sais si le froid aurait suffis, mais ce fut le « coup de pouce » qui me permit de vaincre ma peur : je me levai et me dirigeai rapidement vers la porte. Je pénétrai à l'intérieur avec précaution et m'arrêtai sur le seuil. La maisonnette se constituait d'une seule grande pièce au rez-de-chaussée et d'un étage qui faisait sûrement office de grenier. La pièce du rez-de-chaussée où je me tenais était plongée dans la pénombre. La saleté recouvrait les murs et le carrelage humide. Je jetai un regard circulaire sur la pièce et remarquai que tout le centre était occupé par un imposant bassin dont les parois de bronze reflétaient le peu de lumière de la pièce. Fasciné, je m'approchai de ce bassin qui semblait immaculé. Je me penchai au-dessus et me figeai, abasourdi : le bassin semblait ne pas avoir de fond ! Et, comble de la stupéfaction, un véritable trésor semblait flotter entre deux eaux : des bijoux, des colliers, des diamants, de l'or… le tout semblait avoir été déposé là à mon intention. Depuis petit, je menais une vie de vagabond, et l'argent ne m'avait jamais souri. Je voyais donc en ce trésor une possibilité de me renflouer, une chance de revenir à la société, cette belle société… A peine cette pensée traversait mon esprit que je m'étais déjà décidé : cette maison était abandonnée depuis des lustres et ce trésor n'appartenait évidemment à personne, or j'en avais grandement besoin ; que fallait-il ajouter de plus ? Je tendis la main et effleurai l'eau du bout de mes doigts : elle était gelée et me glaçait les os. Je la retirai avec précipitation, mais c'était déjà trop tard. Une ombre semblait serpenter depuis le fond du bassin -s'il y en avait un- et en sortit lestement. L'ombre avait la forme d'un jeune homme, qui aurait bien pu être moi, en plus imposant. Elle s'avança et me dit d'une voix qui me transperça et me gela les entrailles : « Tu as touché l'eau du Bassin Maudit ! Je te désigne comme le nouveau gardien du Bassin Maudit, mon successeur ! Sache que si le Bassin Maudit n'a pas de gardien, toute la vie sur la Terre sera engloutie par le Bassin ! Tu as dix jours pour réfléchir à ma proposition. Si tu acceptes, tu seras le gardien du Bassin Maudit pour l'éternité ! Si tu refuses, tu mourras ! ». Il acheva son discours avec une telle force qu'il me sembla que le feu des enfers brûlait en lui ! L'ombre s'évanouit dans une gerbe d'eau glacée. J'entendis soudain dix coups sourds et me souvins qu'il me restait dix jours avant de choisir entre ses deux propositions. Je restai debout, terrifié, glacé, pendant longtemps, ou peut être pas,je n'avais plus la notion du temps. Je finis cependant par m'arracher à ma terreur et m'enfuis en courant le plus loin possible de ce bassin. Je tentai de me raisonner, de croire à une hallucination… Désormais, lorsque je me réveille le matin, j'entends des coups sourds : d'abord neuf le lendemain de ma mésaventure, puis huit, puis sept… au moment où j'ai décidé d'écrire mon histoire, celle que vous lisez présentement, je n'ai entendu qu'un seul coup sourd ce matin. Je ne sais où je vais me réveiller demain matin, peut-être serai-je mort, peut-être ai-je rêvé toute cette histoire, ou peut-être suis-je fou… Seul l'avenir me l'apprendra.
Cela faisait maintenant deux jours que je marchais, seul et dépourvu, sur ce chemin peu fréquenté des Pyrénées; et il ne devait pas être loin de minuit lorsque je tombai sur une maisonnette étrange, qui semblait être abandonnée depuis au moins un siècle. Voyant là un refuge où je pourrais dormir cette nuit, je m'approchai des fenêtres et tentai de regarder à travers. Malgré tous mes efforts pour les nettoyer, il me fut impossible de voir quoi que ce soit, la saleté les recouvrant d'un rideaux épais des deux côtés. Je marchais alors vers la massive porte de bois noir dans l'espoir incongru qu'elle ne fut pas verrouillée, lorsqu'une petite fenêtre que je n'avais pas remarquée claqua bruyamment, comme si un coup de vent un peu plus fort que les autres l'avait brusquement fermée. N'y prêtant pas trop d'attention, je m'approchai un peu plus de la porte lorsqu'un second claquement sec retentit. Je me figeai. Soudain, l'illumination se fit : si l'on regardait de plus près l'architecture de la maisonnette, il semblait logique que la fenêtre qui avait claqué tout à l'heure ait sa jumelle de l'autre côté de la maison ! J'en déduisis que c'était la fenêtre de derrière qui avait claqué à son tour. Je crois qu'une partie de moi-même savait que je cherchais une explication plausible à tout prix, mais je me refusais à l'écouter. Bien que moyennement satisfait par cette explication, je reportais à nouveau mon attention sur la porte et refis un pas vers elle. Je sentis mes entrailles se geler : un troisième claquement retentit. Je ne croyais pas au surnaturel et je me refusais à penser que quelques êtres étranges et maléfiques hantaient cette maison. Réprimant ma panique grandissante, je m'assis sur la bordure du chemin, ne pouvant me résoudre à pénétrer dans la maisonnette. Le temps passait lentement et le froid m'assaillit, faute de mouvements, et je pus rester longtemps assis là. Ma respiration formait de la buée devant mes yeux et me troublait la vue. Je portais mon regard sur la maisonnette et aperçus tout de suite que quelque chose clochait. J'observai plus attentivement et remarquai que la porte était entrouverte. Je ne sais si le froid aurait suffis, mais ce fut le « coup de pouce » qui me permit de vaincre ma peur : je me levai et me dirigeai rapidement vers la porte. Je pénétrai à l'intérieur avec précaution et m'arrêtai sur le seuil. La maisonnette se constituait d'une seule grande pièce au rez-de-chaussée et d'un étage qui faisait sûrement office de grenier. La pièce du rez-de-chaussée où je me tenais était plongée dans la pénombre. La saleté recouvrait les murs et le carrelage humide. Je jetai un regard circulaire sur la pièce et remarquai que tout le centre était occupé par un imposant bassin dont les parois de bronze reflétaient le peu de lumière de la pièce. Fasciné, je m'approchai de ce bassin qui semblait immaculé. Je me penchai au-dessus et me figeai, abasourdi : le bassin semblait ne pas avoir de fond ! Et, comble de la stupéfaction, un véritable trésor semblait flotter entre deux eaux : des bijoux, des colliers, des diamants, de l'or… le tout semblait avoir été déposé là à mon intention. Depuis petit, je menais une vie de vagabond, et l'argent ne m'avait jamais souri. Je voyais donc en ce trésor une possibilité de me renflouer, une chance de revenir à la société, cette belle société… A peine cette pensée traversait mon esprit que je m'étais déjà décidé : cette maison était abandonnée depuis des lustres et ce trésor n'appartenait évidemment à personne, or j'en avais grandement besoin ; que fallait-il ajouter de plus ? Je tendis la main et effleurai l'eau du bout de mes doigts : elle était gelée et me glaçait les os. Je la retirai avec précipitation, mais c'était déjà trop tard. Une ombre semblait serpenter depuis le fond du bassin -s'il y en avait un- et en sortit lestement. L'ombre avait la forme d'un jeune homme, qui aurait bien pu être moi, en plus imposant. Elle s'avança et me dit d'une voix qui me transperça et me gela les entrailles : « Tu as touché l'eau du Bassin Maudit ! Je te désigne comme le nouveau gardien du Bassin Maudit, mon successeur ! Sache que si le Bassin Maudit n'a pas de gardien, toute la vie sur la Terre sera engloutie par le Bassin ! Tu as dix jours pour réfléchir à ma proposition. Si tu acceptes, tu seras le gardien du Bassin Maudit pour l'éternité ! Si tu refuses, tu mourras ! ». Il acheva son discours avec une telle force qu'il me sembla que le feu des enfers brûlait en lui ! L'ombre s'évanouit dans une gerbe d'eau glacée. J'entendis soudain dix coups sourds et me souvins qu'il me restait dix jours avant de choisir entre ses deux propositions. Je restai debout, terrifié, glacé, pendant longtemps, ou peut être pas,je n'avais plus la notion du temps. Je finis cependant par m'arracher à ma terreur et m'enfuis en courant le plus loin possible de ce bassin. Je tentai de me raisonner, de croire à une hallucination… Désormais, lorsque je me réveille le matin, j'entends des coups sourds : d'abord neuf le lendemain de ma mésaventure, puis huit, puis sept… au moment où j'ai décidé d'écrire mon histoire, celle que vous lisez présentement, je n'ai entendu qu'un seul coup sourd ce matin. Je ne sais où je vais me réveiller demain matin, peut-être serai-je mort, peut-être ai-je rêvé toute cette histoire, ou peut-être suis-je fou… Seul l'avenir me l'apprendra.
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