Nouvelle par Jade Hunet
Par Lamartine - publié le mercredi 25 novembre 2015 à 05:22 dans Nouvelles fantastiques 4ème
En ce 1er mars 1965, je devais rendre mon article, sur les camps d'extermination, pour le lendemain à huit heures au journal. J'étais allée chez des historiens, des antiquaires afin de recueillir des témoignages, lorsqu'une idée me vint en ouvrant un livre dédicacé. Je me rendis, aussitôt, au mémorial de la Shoah. Je fis une liste des noms des victimes d'un convoi daté du 23 octobre 1943 pour les inscrire sur une page de journal et ainsi leur rendre un hommage. Je m'apprêtais à sortir lorsque je vis une dame d'un certain âge me faisant signe de m'approcher d'elle; cette dame avait des rides recouvrant tout son visage, un nez aquilin, des yeux éteints, ses mains agrippaient une canne comme si celle-ci la tenait en vie. Puis elle remonta sa manche me laissant voir un tatouage, une ligne de chiffres. J'eus un choc et compris instantanément son histoire. - Bonjour mademoiselle... Que cherchez vous dans ce lieu de mémoire? - Je dois rendre un article sur les camps d'extermination et je cherchais des informations. Euh.. vous, je n'ose vous demander... Puis je vous interviewer? - Il y a des choses qui ne se racontent pas... Et puis je suis trop lasse! Prenez mon étoile. Faites attention cela peut comporter des risques, vous savez. - Je ne comprends pas! - Tenez, tenez, prenez-la ! Elle me confia son étoile. Je la pris la main tremblante. À peine relevais-je la tête, qu'aussitôt je ne la vis plus! « Bon sang, comment a-t-elle pu partir aussi vite? Elle avait bien une canne! » Je regardai avec anxiété de chaque côté de la rue, mais personne! Je me surpris, en train de fixer cette étoile avec une intensité qui me troublait. Je courus au Journal, montai les escaliers quatre à quatre jusqu'à mon bureau. Je sortis les notes historiques que j'avais récupérées auparavant et l'étoile de ma poche intérieure. Je passai alors ma journée sur cet article, mais ne trouvai rien à écrire. Épuisée, je sentis une fatigue s'abattre sur moi. Ma joue se posa sur l'étoile. Soudain un cri me réveilla. « Levez vous! » C'était en allemand. Effrayée, je levai la tête, et me retrouvai dans un dortoir, rempli de personnes horrifiées, ravagées, apeurées. Mais où étais je? Deux Allemands, en uniformes, surgirent et nous ordonnèrent de les suivre. Nous étions les uns derrière les autres, plus la file avançait, plus les cris étaient stridents. Quand ce fut mon tour je ne pus retenir un hoquet d'effroi. Un homme menaçant m'agrippa le poignet avec un bâton ensanglanté. Essayant de m'enfuir, je fus rattrapée violemment. Il me marqua, et là, la brûlure mêlée à la peur me firent hurler comme je ne l'avais jamais fais. Dans ma tête, je réalisai soudain que j'étais à Auschwitz ... Comment était ce possible? Je n'étais ni juive, ni née à cette époque! Je me remémorais la scène: un homme avait crié Rosa Cohen. Mais... Je m'appelle Victoria Martin! Au milieu de cette horreur, je repensais à la fois à ces Allemands qui riaient de notre malheur, et à ces pauvres personnes enfermées dans le même sort que moi: maigres, les joues creusées, les peaux couvertes de crasse, des cernes violettes sous les yeux, épuisées, affamées. Un jour, à mon grand étonnement, on nous annonça le droit de prendre une douche, trente personnes suivirent le kapo. Le lendemain, un SS ordonna à la même heure à quarante autres personnes de le suivre. J'avais saisi que les douches étaient synonyme de mort. Je devais absolument m'enfuir d'ici. Secrètement je me rendis au baraquement où il y avait ma couche, et pris la seule chose que j'avais pu garder: cette étoile. Je courus à perdre haleine, essayant tant bien que mal d'escalader les barbelés, mais je n'y arrivais pas. Un soldat hurla mon numéro, j'étais fichue. Il me roua de coups, si forts, que je me retrouvai à terre, mon étoile contre ma joue, et là, ce fut le trou noir. J'ouvris lentement les yeux, ne sachant plus où j'étais. À ma grande stupéfaction, je reconnus les murs de mon bureau! J'étais toujours sur ma chaise. Ma table de travail était comme je l'avais laissée. Je me levai et regardai, troublée, mon corps, sans aucune blessure. J'avais seulement la marque de l'étoile sur ma joue et j'étais sauve! - Bravo, c'est court....parfait, en si peu de temps! En général quand on a peu de temps, on fait long. - C'est le temps d'un rêve. Bien que répondant à mon rédacteur en chef, je ne pouvais que fixer mon bras et là choquée, j'aperçus l'empreinte du tatouage. Comment cela se faisait il? Qui étais- je? Qui était Rosa Cohen alors?
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