LE PLAISIR DU TEXTE

Nouvelle par Octave

Par Lamartine - publié le mercredi 25 novembre 2015 à 05:23 dans Nouvelles fantastiques 4ème
C'était le 13 janvier 1826, il y a près de 40 ans. Mais malgré le temps qui a passé, je m'en souviens comme si c'était hier, car cette horrible terreur, que dis-je, cette épouvantable horreur s'est gravée au plus profond de mon être, et me suivra même dans la mort, j'en suis sûr. Mais bon, je vois que vous commencez déjà à vous ennuyer. Je disais donc, c'était le 13 janvier 1826, en milieu de matinée. Je revenais tout juste de chez un de mes créanciers, Jules Mansart, dont j'étais un grand débiteur (je lui devais près de 500 louis d'or, c'est dire). Je m'étais assis à mon bureau, me disant qu'un jour, il faudrait bien que je me décidasse à vendre ma maison, une des plus belles de Paris, malheureusement. J'étais donc à mon bureau, las, soupirant et fatigué, quand un de mes valets me dit avec un air catastrophé : «Oh Monsieur, votre cousine, sa maison a brûlée pendant la nuit ! –Allons donc ! En plein hiver ? Et avec toute la neige qui est tombée cette nuit ? Vous moquez vous de moi ? » Je l'avoue, la plaisanterie de mon valet ne me plaisait guère. Il le vit, mais s'entêta, pourtant. «Oui Monsieur. Seule la concierge a survécu. –Décidément, c'est bien fâcheux. J'irai la voir après le déjeuner, dis-je. –Qui ça ? La concierge ? ne put s'empêcher de lâcher mon valet, ahuri. –La concierge ! La concierge ! Une domestique ! Mais ma cousine, voyons. –Mais…elle est morte, Monsieur. –De quoi !? criai-je. Mais vite, dépêchez, un fiacre ! » Je commençai sérieusement à me faire du soucis pour ma cousine. Je partis donc avant même de déjeuner et arrivai vers midi. Je fus avant tout très surpris. Le toit de la maison était à demi effondré, les murs noirs de suie, les fenêtres et vitraux étaient brisés, la porte calcinée. Je me précipitai mais avant que j'eusse franchi la porte, la concierge s'interposa, me priant de ne pas rentrer, me disant que ce pouvait être dangereux. « Assez », lui répondis-je en me dégageant, et je rentrai, malgré ses avertissements, dans la maison. Sitôt la porte refermée, je m'arrêtai afin que mes yeux s'accommodent à l'obscurité. Je profitai de cette pause pour regarder autour de moi mais tout me sembla en parfait état. Puis, était-ce fatigue illusion ou vérité ?, j'entendis un air de violoncelle que jouait souvent ma cousine. Je me dirigeais au hasard dans la maison, cherchant la source de l'air, ou peut-être pas : j'étais dans une espèce de transe et n'étais pas pleinement conscient, sinon, j'aurais déjà fui. Mes pas me menèrent au salon du deuxième étage, sans pourtant que je me rappelle avoir gravi les escaliers. La musique semblait provenir de derrière la porte. Je pouvais presque sentir les vibrations des cordes. Pourtant, la musique paraissait lointaine, aussi, et douloureuse bien que l'air fût joyeux. J'ouvris la porte. Et je la vis. Sa peau, entièrement recouverte de minuscules craquelures, semblait avoir un peu bruni et possédait quelques cloques, mais dans la joie et le soulagement de la revoir, je ne le remarquai pas tout d'abord. «Oh, mademoiselle de Garande, dis-je, je suis si content de vous revoir. –Moi aussi, cher cousin. Mais s'il vous plaît, pourriez vous ouvrir les fenêtres ? Il fait si chaud ici.» En effet, bien que l'air du dehors soit glacial et que la cheminée soit éteinte, l'atmosphère était étouffante et la chaleur infernale, si bien qu'on se serait cru en enfer. Une fois les fenêtres ouvertes, je voulus lui baiser la main, mais le contact me brûla, et là où j'avais touché sa main, une cloque apparaissait déjà. Je sursautai, mais elle ne le remarqua pas. J'avais les yeux exorbités et étais pris de sueurs froides. Je regardai son visage où des cloques se formaient sous mes yeux. «Cousin, je meurs, je brûle.» me dit elle dans un râle d'agonie, et à peine eut-elle fini sa phrase qu'elle se transforma en torche vivante et que toute les cloques dont elle était désormais couverte éclatèrent, révélant la chair calcinée mise à nu. Je criai…et me réveillai. «Calmez vous, Monsieur, me dit mon valet. Je voulais juste vous réveiller car vous allez être en retard chez Monsieur Mansart.»
Je voulus me lever, mais, prenant appui sur mes mains, je sentis un élancement au bras droit. Je regardai ma main.
Elle était cloquée.

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Travaux d'écriture d'élèves du collège Lamartine à Paris.
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