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Article : [115] - Un poème d’amour pour un mariage


lundi 19 janvier 2004

Par Annie Massy

Nous enseignons la poésie mais heureusement elle vit aussi en dehors de nous et de façon très agréable. Mais il n’est pas toujours facile de trouver le texte adéquat. Ici, il s’agit de dire un poème à un mariage.

Fausses pistes

Pas facile en effet... A feuilleter les anthologies, on pourrait croire qu’en un millénaire et demi, aucun poète n’a eu l’idée de dire « je t’aime » au présent, « tout va bien et je suis heureux », ce qui convient à un mariage. Même des poèmes superbes ne conviennent pas forcément pour la circonstance :

  ADAMEK, "Les commandements du Maître à marier" dans Le Fusil à Pétales ne s’adresse qu’à l’époux et pour se marier, il faut être deux et, -dans la presque totalité des cas- il s’agit non seulement d’un homme mais aussi d’une femme.

  APOLLINAIRE, Poèmes à Lou : uniquement si le promis s’apprête à partir à la guerre. Pour la même raison, j’ai écarté de nombreux poèmes d’Aragon, trop marqués par l’époque.

  BRETON, « Ma femme » dans L’Union Libre. Je l’ai fait étudier en classe et les élèves ne l’ont pas apprécié, le trouvant, à tort peut-être, trop prosaïque.

  C. Van LERBERGHE, « Pardonne-moi » dans La Chanson d’Ève, 1904 mais chaque strophe commence par « pardonne moi » et pour une vie commune de mariés, cela commence mal si l’on a déjà à se faire pardonner.

Pardonne-moi, ô mon Amour,
Si mes yeux pleins de toi ne te voient pas encore,
Si je m’éveille en ta splendeur,
Sans la comprendre, comme une fleur
S’éveille dans l’aurore

Pardonne-moi si mes yeux aujourd’hui
Ne te distinguent de la lumière,
S’ils ne séparent ton sourire
De leurs pleurs éblouis.

Pardonne-moi, si je t’écoute
Sans t’entendre, et ne sais pas
Si c’est toi, mon amour, qui parles,
Ou mon cœur qui gémit tout bas

Pardonne-moi, si tes paroles
Autour de mes oreilles volent,
Comme des chants dans les airs bleus,
Ou l’aile du vent dans mes cheveux.

Pardonne-moi, si je te touche
Dans le soleil, ou si ma bouche,
En souriant, sans le savoir,
T’atteint dans la fraîcheur du soir ;

Pardonne-moi, si je crois être
Près de toi-même où tu n’es pas,
Si je te cherche, lorsque peut-être
C’est toi qui reposes dans mes bras.

  MOZART, Lieder, « Oiseaux, si tous les ans... » mais il y est dit que, la saison des amours passée, on va chercher ailleurs. Ce n’est peut-être pas à dire le jour d’un mariage.

  RONSARD : « Marie, qui voudrait votre beau nom tourner, il trouverait Aimer... » : très mignon mais il faut que la mariée s’appelle Marie.

  Maurice SCEVE, Délie XVII : « Plus tôt seront Rhône et Saône disjoints... » : magnifique, mais je trouve les sonorités dures et il faut être sûr de pouvoir le lire sans bégayer.

  RONSARD, « Mignonne... » et le Cantique des Cantiques : trop connus.

  VERLAINE, « Mon Rêve Familier » mais la femme idéale citée n’existe pas ou ressemble beaucoup à une maman ou une grande sÅ“ur compatissante. Réduire l’épouse à un rôle de consolatrice quand tout va mal... bof

  Tout mignon : une chanson d’amour malgache : « Je suis le riz, vous êtes l’eau... » mais une strophe seulement, un peu court

Je suis le riz, vous êtes l’eau,
Dans les champs, ils sont inséparables,
Dans le village, ils restent ensemble.
Chacune de leur rencontre est l’histoire d’un amour renouvelé.
L’eau est la compagne du riz de la rizière jusqu’à la marmite

Mais c’étaient quand même de bonnes idées.

Les nominés

D’autres poèmes, récents, pour la plupart, me semblent mieux convenir :

  L’épithalame d’APOLLINAIRE, « Poème lu au mariage d’André Salmon », dans Alcools

  ARAGON : « Je vais te dire un grand secret.. » (Elsa, bien sûr),

  ARAGON « Les Mains d’Elsa » (à lire en duo)

  DESNOS, « Le Dernier Poème »

  ELUARD, « Toute la Vie » dans Cours naturel

  ELUARD, « La Courbe de Tes Yeux »

  Rosemonde GERARD, « L’Eternelle Chanson »

  Pablo NERUDA, « Nuit », « Aimée, unis ton coeur au mien... »

  PREVERT, « Quel jour sommes nous, mon amour ?.. »

  PEGUY, « Dieu Nous Parle »

Cela m’étonne toujours, dit Dieu
D’entendre le gens dire :
"Nous sommes mariés !..."
Laissez-moi rire.
Comme si on se mariait
Une fois pour toutes.
Ils croient que c’est arrivé,
Et qu’ils peuvent vivre,
Vivre de leurs rentes d’amour
De gens mariés.
Comme si Moi-Même
J’avais fait le monde en un jour :
Comme s’il ne fallait pas à tout prix,
Pour un bon sens enfin,
Se marier tous les jours que je fais.
Les hommes ne se doutent de rien !
Deux moitiés ont tant à marier !

  VERLAINE, « Donc ce sera par un clair jour d’été... »

En prose

  Un conte portugais, Les ciseaux et l’aiguille

  MUSSET, « La tirade de Perdican » à la fin de On ne badine pas avec l’amour

  Saint- EXUPERY, « la rencontre du Petit Prince et du Renard » dans Le petit Prince

  Christiane SINGER, Eloge du Mariage, de l’engagement et autres folies (tout un programme !)

Côté chanson

  ARAGON / FERRAT, « Que serais-je sans toi ? »

  Isabelle AUBRET, « Un Premier Amour »

  BARBARA, « Ma Plus Belle Histoire d’Amour »

  ELUARD / MONTAND, « Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues... »

Bien sûr, on peut aussi le faire soi-même, ce poème comme Jean-Yves RAGOT et « Vivre Ensemble ». Il se trouve sur son site Studio garance

Pour le repas, quelques autres poèmes peuvent avoir leur place avec un peu d’humour

  BRASSENS, « La Non Demande en Mariage »

  BRASSENS, « Concurrence Déloyale »

  BRASSENS, « Je me suis fait tout petit... »

  BRASSENS, « Rien à Jeter »

  MOLIERE, les maximes du mariage lues par Agnès dans L’Ecole des Femmes

  Géo NORGE, « Le Bon Train »

Deux escargots se rencontrèrent
Sur un rail de chemin de fer.
Ils se plurent vite et s’aimèrent
Sur un rail de chemin de fer [...]

  PREVERT, « Sanguine »

  VIAN, « Vous mariez pas les filles »

Pour casser l’ambiance (?)

  ARAGON, « Il n’y a pas d’amour heureux »

  BAUDELAIRE, « Une Charogne »

  Et, selon le tour des événements, pourquoi pas passer un peu de lecture, celle supposée de George SAND à MUSSET, « Je suis très émue... ». Ce poème qui peut aussi se lire une ligne sur deux... mais là, faut voir...

Finalement, c’est comme cela que vit la poésie.

Synthèse WebLettres à consulter
  [354] - Le mariage


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