WebLettres classiques

Tite Live, Livre XXX : Aide à la lecture du § 12 (texte + grammaire)


SOMMAIRE : - Chapitre 12 -  ▶ Chapitre 13 ▶ Chapitre 14 ▶ Chapitre 15 ▶ Chapitre 16 ▶ Chapitre 17


Ibi Syphax
          dum obequitat hostium turmis
                    si pudore, si periculo suo fugam sistere posset,
      equo grauiter icto effusus
opprimitur
capiturque
et uiuus,
      laetum ante omnes Masinissae praebiturus spectaculum,
ad Laelium pertrahitur.

- dum + indicatif = pendant que <> dum + subj = pourvu que
- si = au cas où, dans l'éventualité où : l'imparfait posset s'explique comme un irréel du présent, qui s'explique quel que soit le point de vue (point de vue extérieur des Romains ou attitude désespérée de Syphax)
- equo...icto : plutôt qu'un ablatif absolu, nous choisissons d'en faire un CC de cause de effusus
- praebiturus : participe futur apposé à valeur consécutive

caedes in eo proelio minor quam uictoria fuit
      quia equestri tantummodo proelio certatum fuerat:

- certatum fuerat au lieu de certatum erat : renforcement de la valeur d'aspect accompli du plus-que-parfait. On a ici affaire à un passif impersonnel.

non plus quinque milia occisa [sunt],
minus dimidium eius hominum
captum est
            impetu in castra facto
                        quo perculsa rege amisso multitudo se contulerat.

- Beaucoup de participes passés, en principale ou en infinitive, ne sont pas accompagnés du verbe être qu'on attendrait. Cette ellipse est une caractéristique du style très rapide de Tite-Live, qui pratique beaucoup les raccourcis et la juxtaposition.
- quo = adverbe relatif (où avec mouvement)
- Nous interprétons rege amisso plutôt comme un CC de cause de perculsa que comme un ablatif absolu.

Cirta caput regni Syphacis erat;
eoque ex fuga ingens hominum se contulerat uis.

- eo = adverbe de lieu (là avec mouvement)

Masinissa
            sibi quidem
dicere
            nihil esse in praesentia pulchrius
                        quam uictorem reciperatum tanto post interuallo patrium inuisere regnum,
            sed tam secundis quam aduersis rebus non dari spatium ad cessandum;

- Masinissa est au nominatif : dicere est donc un infinitif dit "de description" ou "de narration", très fréquent chez Tite-Live (RH 470 § 106).
En revanche, à partir de là, va commencer un discours indirect pour exprimer ce que pense ou dit Masinissa : pensez-y chaque fois que vous rencontrez un infinitif et que vous n'avez pas de verbe introducteur explicite (signifiant dire, croire, penser, vouloir ou ordonner).
Dans le cas d'un discours indirect, le sujet de l'infinitif ou tout ce qui s'y rapporte est à l'accusatif, et non au nominatif.
- secundis ...aduersis rebus : ablatif à valeur circonstancielle de condition.

            si
                        se          
            Laelius
                        cum equitatu uinctoque Syphace Cirtam praecedere
            sinat,
trepida omnia metu se oppressurum [esse];

- se est le sujet de l'infinitive. Il est placé avant le début proprement dit de l'infinitive. On appelle cela une prolepse.
Attention :
- uincio, ere, uinxi, uinctum = attacher, enchaîner
- uinco, ere, uici, uictum = vaincre

Laelium cum peditibus subsequi modicis itineribus posse.
            adsentiente Laelio
    praegressus Cirtam
            euocari ad conloquium principes Cirtensium
iubet.
sed apud ignaros
regis casus
    nec
            quae acta essent
    promendo
    nec minis
    nec suadendo
            ante
ualuit
            quam rex uinctus in conspectum datus est.

- quae acta essent : interrogative indirecte : revoir éventuellement votre grammaire. condordance obligatoire en latin. Pour ceux qui veulent tout savoir sur l'interrogation indirecte, l'exposé le plus clair est celui de B p. 111-115.
- promendo, suadendo : gérondifs à l'ablatif : revoir éventuellement votre grammaire
- ante...quam : avant le moment où, ce qui explique l'indicatif au lieu du subjonctif (pour de plus amples informations sur l'indicatif avec antequam et priusqam, le meilleur exposé est celui d'ET p.368).

tum ad spectaculum tam foedum comploratio orta [est],
et
    partim pauore
moenia sunt deserta,
    partim repentino consensu gratiam apud uictorem quaerentium
patefactae [sunt] portae.

- 2 ellipses du verbe être dans cette phrase !

et Masinissa
          praesidio circa portas opportunaque moenium dimisso
                    ne cui fugae pateret exitus,
     ad regiam occupandam
citato uadit equo.

- le présent de narration ou plutôt d'actualisation (uadit) exprime ici la soudaineté. Il n'exclut pas la concordance des temps au passé (pateret).

[Masinissae] Intranti uestibulum in ipso limine Sophoniba,
     uxor Syphacis, filia Hasdrubalis Poeni,
occurrit;

- Intranti est le complément au datif tout à fait normal d'occurrit. Notez ici la distance entre le nom régi et le verbe.

et
          cum in medio agmine armatorum Masinissam insignem
               cum armis tum cetero habitu
          conspexisset,
               regem esse,
                    id quod erat,
     rata
genibus aduoluta [est] eius

- ne confondez pas le cum subordonnant (qui peut être repris par un tum en principale ou un tum annonçant au contraire un cum, cf. chap.XIII) et le cum... tum coordonnant (d'une part / d'autre part).
- rata : participe parfait de sens actif du verbe déponent reor, reri : ayant pensé.

                    'omnia quidem
                    ut possis',
inquit,
          'in nobis di dederunt uirtusque et felicitas tua;
          sed
                    si captiuae apud dominum uitae necisque suae  uocem supplicem mittere licet,
                    si genua [attingere licet],
                    si uictricem attingere dextram [licet],
          precor
          quaesoque
                  per maiestatem regiam,
                        in qua paulo ante nos quoque fuimus,
                  per gentis Numidarum nomen,
                        quod tibi cum Syphace commune fuit,
                  per huiusce regiae deos,
                        qui te melioribus ominibus accipiant
                                    quam Syphacem hinc miserunt,
                        hanc ueniam supplici des
                                    ut ipse
                                                quodcumque fert animus
                                    de captiua tua statuas
                        neque
                                    me in cuiusquam Romani superbum et crudele arbitrium uenire
                        sinas.

- prolepse (voir plus haut) de omnia, qui fait partie de la subordonnée introduite par ut.
- anaphore (répétition de si en tête de proposition au lieu d'une coordination) qui insiste sur les tentatives multiples et successives de Sophonisbe.
- Notez les dissymétries des ellipses (licet est donné, puis subit des ellipses, alors qu'à l'inverse, attingere se fait attendre) qui rendent bien par l'effet de désordre, la panique de la suppliante.
- Trouvez une autre anaphore. Quel est son effet et que cherche-t-elle à rendre ?
- Quelle est la valeur de l'indicatif ou du subjonctif dans les relatives de cette phrase ? Révisez l'emploi des modes dans les relatives dans votre grammaire. Excellent exposé dans S, p. 304-307. Compléments dans ET, p. 334-341.
- quodcumque est COD de fert. La relative est COD de statuas. Les relatives indéfinies sont toujours à l'indicatif (sauf cas exceptionnel pour marquer la répétition, surtout à l'époque impériale, mentionnés par ET p. 399-401).

                        si nihil aliud quam Syphacis uxor fuissem,
            tamen
                  Numidae atque  in eadem mecum Africa geniti
                  quam  alienigenae et externi
            fidem experiri mallem:

- Dissymétrie entre le plus-que-parfait de la subordonnée et l'imparfait de la principale. "Si je n'avais été...je préférerais.". Mais "tamen" montre que ce n'est pas vraiment un système hypothétique, mais une concession: Le fait de n'avoir été rien d'autre que la femme de Syphax ne lui donne pas le droit de parler (humilité feinte) et pourtant elle fait à Masinissa, allié des Romains, une proposition de fraternité "panafricaine" qui ne peut manquer de le déstabiliser, lui qui hait les Carthaginois et a été dépossédé de son royaume par les Numides occidentaux et donc n'a aucune raison de sentir spontanément un sentiment de solidarité africaine.

                        quid Carthaginiensi
                              ab Romano
                        quid filiae Hasdrubalis timendum sit    
            uides.

- quid.. quid : la répétition juxtaposée est un trait stylistique de Tite-Live, mais il exprime ici l'insistance affective : il s'agit ici de persuader et de séduire, non de convaincre. L'argument lui-même, qui renforce l'argument précédent (l'axe de haine est l'axe entre les deux ennemis héréditaires de part et d'autre de la Méditerranée, Romains et Carthaginois), présente une gradation interne : je suis non seulement Carthaginoise pour les Romains, mais fille du chef des ennemis des Romains en l'absence d'Hannibal, puisque Hasdrubal fils de Giscon est le chef des armées carthaginoises en Afrique.

                        si nulla re alia potes,
                        morte me ut uindices ab Romanorum arbitrio
            oro
            obtestorque.'

La place proleptique de morte me par rapport à la complétive introduite par ut est de nature à frapper l'imagination de Masinissa.

forma erat insignis et florentissima aetas.

A noter ici l'asyndète (pas de vero, pas de or) qui glisse l'arme absolue du fait entre la parole qui vient de se terminer et la gestuelle qui suit...

itaque
            cum
                  modo genua
                  modo dextram amplectens
                        in id ne cui Romano traderetur
            fidem exposceret
            propiusque blanditias iam oratio esset
                  quam preces,
non in misericordiam modo prolapsus est animus uictoris,
sed,
            ut est genus Numidarum in uenerem praeceps,
amore captiuae uictor captus [est].

- La corrélation modo.. modo ne marque pas ici un balancement, mais l'insistance éperdue : la flatterie de Sophonisbe fait feu de tout bois, utilise tous les points symboliques de la déférence et du respect dans l'antiquité : les genoux (cf. les sacrés genoux de l'Iliade) et la main droite, celle du serment (pour des lecteurs romains, on ne peut manquer de penser au serment de Mucius Scaevola).
- captiuae...captus : figure de paradoxe qui est en même temps un polyptote (un même radical est "décliné" sous deux formes cf. "arroseur arrosé"). L'effet est de montrer le retournement du destin que riisque de produire la passion : le sentiment annule ici l'opposition entre le vainqueur et le vaincu.

            data dextra    
            in id quod petebatur obligandae fidei
in regiam concedit.

obligandae fidei : emploi du datif de l'adjectif verbal au lieu de ad + acc pour exprimer le but. Très fréquent chez Tite-Live (RH p. 465 § 76).

institit deinde reputare secum ipse
            quemadmodum promissi fidem praestaret.
            quod cum expedire non posset,
ab amore temerarium atque impudens mutuatur consilium;
            nuptias in eum ipsum diem parari
repente iubet
                        ne quid relinqueret integri
                              aut Laelio
                              aut ipsi Scipioni
                        consulendi [in eam] uelut in captiuam
                                    quae Masinissae iam nupta foret.

- quod : relatif de liaison COD d'expedire
- integri est complément de détermination au génitif du pronom quid. Integri est ici un adjectif substantivé ("chose entière", "tout") qui est déterminé par l'adjectif verbal consulendi ("devant être décidé"). L'adjectif verbal, donc passif, d'un verbe transitif, ce qui est le cas ici de consulere - n'en déplaise à Annette Flobert qui suggère une construction absolue, où consulendi serait relié par on ne sait par quelle restitution acrobatique - appelle régulièrement un complément d'agent au datif, un datiuus auctoris, indiquant "pour qui l'obligation existe" (aut Laelio aut ipsi Scipioni) (cf. Ernout-Thomas p. 74).
- foret n'est pas ici vraiment identique à esset : il garde sa valeur de futur avec nupta, il forme, si l'on peut dire une sorte de futur accompl du subjonctif passif, équivalent de 'fore ut nupta esset', "qui se trouverait avoir été mariée", le futur inaccompli étant 'fore ut nuberetur', "qui serait mariée".

            factis nuptiis
superuenit Laelius
et adeo non dissimulauit
            improbare se factum
                        ut primo etiam
                              cum Syphace et ceteris captiuis
                        detractam eam lecto geniali mittere ad Scipionem  
                        conatus sit.

- adeo ... ut : corrélation de conséquence.

uictus deinde precibus Masinissae orantis
            ut arbitrium
                        utrius regum duorum fortunae accessio Sophoniba esset
            ad Scipionem reiceret,
            misso Syphace et captiuis
ceteras urbes Numidiae
            quae praesidiis regiis tenebantur
            adiuuante Masinissa
recipit.

- utrius : duquel des deux : introduit une interrogative indirecte dépendant d'arbitrium.


SOMMAIRE : - Chapitre 12 -  ▶ Chapitre 13 ▶ Chapitre 14 ▶ Chapitre 15 ▶ Chapitre 16 ▶ Chapitre 17


Contact - Qui sommes-nous ? - Album de presse - Adhérer à l'association - S'abonner au bulletin - Politique de confidentialité

© WebLettres 2002-2021 
Sécurisé par Positive SSL