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Tite Live, Livre XXX : Aide à la lecture du § 13 (texte + grammaire)


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                        Syphacem in castra adduci
            cum esset nuntiatum,
omnis uelut ad spectaculum triumphi multitudo effusa est.

esset nuntiatum n'est pas un passif impersonnel : son sujet est l'infinitive qui précède. Sa position proleptique mime le choc produit par la nouvelle sur la foule.

praecedebat ipse uinctus;
sequebatur grex nobilium Numidarum.

Comme en français, la postposition du sujet est expressive.

tum
            quantum
quisque
            plurimum poterat
magnitudini Syphacis famaeque gentis uictoriam suam augendo addebat:
            illum esse regem
                        cuius tantum maiestati duo potentissimi in terris tribuerint populi Romanus Carthaginiensisque
                                    ut Scipio imperator suus ad amicitiam eius petendam
                                                relicta prouincia Hispania exercituque
                                    duabus quinqueremibus in Africam nauigauerit,
                                    Hasdrubal Poenorum imperator
                                    non ipse modo ad eum in regnum uenerit
                                    sed etiam filiam ei nuptum dederit.

quisque (chacun) s'emploie à la place de unusquisque
- avec un réfléchi, le plus souvent après (quelquefois avant chez Tite-Live)
- après un relatif, un interrogatif ou après ut "à mesure que"
- avec un superlatif ou un numéral ordinal, ou quotus ("chacun étant le quantième, càd un sur combien?"), le plus souvent après (quelquefois avant chez Tite-Live)
En tête de phrase, on emploie toujours unusquisque, jamais quisque (ET, p. 196-198)

tantum...ut : corrélation consécutive. La remarque d'Annette Flobert, justifiée par le latin, ne doit pas troubler le traducteur. "tant" est considéré en français comme un adverbe de quantité (ex : Le Petit Robert).
[* Arrivé et al., La grammaire d'aujourd'hui, et Riegel - Pellat , Grammaire méthodique du français, en font un adverbe quand il n'est pas suivi de "de" et un "déterminant de syntagme nominal" lorsqu'il est suivi de "de". On se demande ce qu'il est quand il pourrait être suivi de "de", mais ne l'est pas. Ex : il m'a tant donné / il m'a tant donné (d'amour/de caramels mous). Tels sont les aléas d'une grammaire descriptive.]

imperator suus : suus renvoie au sujet de la principale, càd quisque (chaque soldat romain)
nuptum : Le supin s'emploie pour exprimer le but
- avec les verbes de mouvement (ire, uenire etc.)
- dans des expressions figées qui présupposent un mouvement, une transmission : uenum dare : donner à vendre, mettre en vente, dare nuptum, donner en mariage.
Dans les autres cas, on emploie plutôt ad + forme en -nd(u)m (gérondif ou adjectif verbal), ou ut/ne + subj.(ET p. 261).

            habuisse eum uno tempore in potestate
duos imperatores, Poenum Romanumque.
                    sicut ab dis immortalibus pars utraque hostiis mactandis pacem petisset,
          ita ab eo utrimque pariter amicitiam petitam [esse].

Dans la corrélation comparative sicut...ita (de même que...de même), Tite-Live établit de nombreux parallélismes à forte valeur argumentative (petisset/petitam, utraque/utrimque). Le parallélisme pars/pariter, qui forme chiasme par rapport à utraque/utrimque, s'appuie sur une paronymie ou une étymologie populaire (aucune preuve de parenté étymologique entre par, pars, pario et paro, v. Ernout-Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine p. 481).

            iam tantas habuisse opes
                        ut Masinissam regno pulsum eo redegerit
                                    ut uita eius fama mortis et latebris ferarum modo in siluis rapto uiuentis tegeretur.

Les temps dans la consécutive : le meilleur exposé est celui de Sauzy p. 292, dont voici un résumé :
- l'imparfait (ici tegeretur) est le plus employé, et il ajoute la nuance de durée, de finalité ou d'intensité. À votre avis, quelle pourrait être sa valeur ici, s'il n'est pas une application mécanique de la concordance ?
- le parfait (ici redegerit), qui est beaucoup plus rare, insiste sur la réalité du fait. Le discours indirect ne gomme pas ici cette valeur.

        His sermonibus circumstantium celebratus
rex in praetorium ad Scipionem est perductus.
mouit et Scipionem
cum fortuna pristina uiri praesenti fortunae conlata,
tum recordatio
        hospitii
        dextraeque datae
        et foederis publice ac priuatim iuncti.

et : sens adverbial fort de "d'une part", à notre avis annonçant le et Syphaci de la phrase suivante.
cum...tum : coordination voir XII, 11 <> tum...cum renforçant une subordination temporelle v. plus bas.

eadem haec et Syphaci animum dederunt in adloquendo uictore.

in adloquendo uictore : gérondif accordé : dans le fait de parler au vainqueur.
Le meilleur exposé sur le gérondif et l'adjectif verbal se trouve dans S p. 265-268 (§ 395-382)
L'accord du gérondif avec son complément (il devient adjectif verbal mais en perdant le sens d'obligation)
- est obligatoire dans le cas du datif, de l'accusatif ou de l'ablatif précédé d'une préposition.
- est fréquent mais non obligatoire dans le cas du génitif ou de l'ablatif sans préposition ("legendi/legendo historiam" possible face à "legendae historiae/legendo historiam").

nam
          cum Scipio
                    quid sibi uoluisset
          quaereret
                              qui
                              non societatem solum abnuisset Romanam
                              sed ultro bellum intulisset,
tum ille
          peccasse quidem sese atque insanisse
fatebatur,
          sed non tum demum
                    cum arma aduersus populum Romanum cepisset;
          exitum sui furoris eum fuisse,
          non principium; tum se insanisse,
          tum hospitia priuata et publica foedera omnia ex animo eiecisse
                    cum Carthaginiensem matronam domum acceperit.

cum Scipio ...tum ille (Syphax)
tum demum...cum
tum..tum..cum : dans tous les cas, il s'agit de souligner le lien temporel.
Le premier souligne la relation question/réponse. Dans les deux autres cas, pourquoi, à votre avis, Syphax insiste-t-il à ce point sur ces moments précis ?

          illis nuptialibus facibus regiam conflagrasse suam;
          illam furiam pestemque omnibus delenimentis animum suum auertisse
          atque alienasse,
          nec conquiesse
                    donec ipsa manibus suis nefaria sibi arma aduersus hospitem atque amicum induerit.

Expliquez l'emploi de l'adjectif démonstratif ille (répété deux fois) du point de vue de l'énonciateur, qui est ici Syphax, sachant qu'en fin de proposition, on a la répétition de l'adjectif possessif (suam/suum).

          perdito tamen atque adflicto sibi hoc in miseriis solatii esse
                    quod
                                   in omnium hominum inimicissimi sibi domum ac penates
                              eandem pestem ac furiam transisse
                    uideat.

hoc est à la fois déterminé par le génitif "solatii" et la proposition introduite par "quod"
Remarquez l'ordre des mots "sibi domum ... pestem ac furiam" qui reprend dans l'ordre inverse "illam furiam pestemque..animum suum" de la phrase précédente.

          neque prudentiorem
          neque constantiorem Masinissam quam Syphacem esse,          
          etiam iuuenta incautiorem ;
          certe stultius illum atque intemperantius eam quam se duxisse.

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