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Article : [369] - Allégorie ou métaphore filée


samedi 15 octobre 2005

Par Eugénie Rivault

Il s’agissait de préciser la différence entre une allégorie et une métaphore filée. Certains les assimilent ; d’autres proposent même comme synonymes : image, métaphore, personnification, symbole et... apologue !
Par exemple, quand l’Électre de Giraudoux évoque le peuple comme un immense visage qui remplit l’horizon, comme un regard étincelant à filtrer, à dorer, etc., peut-on considérer cela comme une allégorie ?
Synthèse mise en ligne par Catherine Briat.

Quelques définitions :
  Allégorie : c’est la personnification d’une idée, d’une abstraction.
  L’allégorie est définie souvent comme une suite de métaphores dont le phore désigne un être animé.
  La métaphore filée est une métaphore à l’échelle d’un texte (exemple : les toits de Paris vus comme une mer) ou d’un passage.
  L’allégorie est une forme particulière de métaphore (qui d’ailleurs peut aussi être filée) qui consiste à attribuer à une idée, une notion abstraite, des caractéristiques humaines.
Un exemple : « Ã” Mort, vieux capitaine ! »
Autre exemple : l’allégorie de la justice avec la femme tenant la balance ; celle de la mort sous forme de faucheuse...
Tout concept abstrait personnifié constitue une allégorie ; à ne pas confondre avec la simple personnification, qui s’attache à donner des caractéristiques humaines à des choses, des animaux (c’est-à-dire à des notions concrètes).

Quelques prises de position dans cette optique :
  L’allégorie exprime une abstraction par une forme concrète.
Exemple : Mars, allégorie de la guerre. Je pense que votre exemple est bien une allégorie, c’est-à-dire une personnification d’une notion abstraite.
  Il me semble d’une part que toute figure de ce type peut être « filée ».
D’autre part, l’allégorie doit être la représentation concrète d’une « idée » abstraite : dans l’exemple cité c’est le cas.
Si dans La Bête Humaine on trouve la représentation de la machine = la bête (humaine), c’est le schéma inverse.
Les vertus « latines » justice, république, liberté... sont effectivement représentées concrètement.

Mais un peuple, est-ce bien une idée, une abstraction ?
  L’allégorie est la représentation concrète d’une idée : l’allégorie de la justice (la balance) et l’allégorie de la mort (le crâne).

Autres pistes :
  La rhétorique d’Olivier Reboul (Que sais-je ?, n°2133) apporte des éléments de réponse intéressants. En voici un extrait : « L’allégorie est une suite cohérente de métaphores qui, sous forme de description ou de récit, sert à communiquer une vérité abstraite. Elle a donc un sens littéral [...] ce qui est dit [...] et un sens dérivé [...] ce qu’il faut comprendre. Aussi ne faut-il pas la confondre avec la métaphore, ni même avec la métaphore filée, suite cohérente de métaphores. Pourquoi ? Paradoxalement, parce que l’allégorie ne comprend que des métaphores. La vraie métaphore, elle, comprend toujours des termes non métaphoriques et ne peut donc être lue qu’au sens figuré ; l’allégorie, parce que tous ses termes sont métaphoriques, peut être lue selon la lettre ou selon l’esprit . Ainsi, dans le vers de Voltaire [...] :
« Il n’est point ici bas de moisson sans culture. »,
on peut voir, soit un sens littéral, soit un sens figuré.
Par contre, la maxime attribuée à Confucius :
« L’expérience est une lanterne accrochée dans le dos qui éclaire le passé. » est une métaphore filée ; car expérience et passé sont au sens propre [...] ; la phrase ne peut donc être lue qu’au sens figuré. »
  On m’a enseigné autrefois (en l’occurrence Michel Charles, dans un cours de 1971, qui partait de Dumarsais et de Fontanier) que la métaphore filée est plutôt ce qu’on appelle dans la tradition rhétorique plutôt un allégorisme qu’une allégorie.
Il y a une excellente page sur l’allégorie.

Pour les élèves :
  On peut proposer aux élèves ces distinctions :
  Allégorie :
1/ Sens restreint (en sculpture et peinture) : personnification (généralement sous les traits d’une femme) d’une idée abstraite, telles la Justice, la Vertu, la Grammaire... En nous appuyant sur des reproductions, nous analysons le symbolisme, en général assez aisé à repérer (les yeux bandés, la balance etc.).
2/ Sens élargi : réseau cohérent de symboles donnant un caractère concret, "visuel" à une idée abstraite. Application possible : on lit "L’albatros" de Baudelaire, on dessine au tableau les éléments principaux : l’oiseau, les marins, le bateau, la mer... en essayant de décoder les symboles (en nous aidant des derniers vers) : oiseau = poète ; bateau = la société ; "ailes de géant" = génie etc. Idée abstraite d’ensemble : l’inadaptation du poète (ou du génie).
  Distinction avec l’apologue : avec « L’albatros », on n’est pas loin de l’« apologue » me semble-t-il. D’ailleurs c’est dans le cadre de cet objet d’étude que l’on a abordé (très rapidement, d’ailleurs) l’allégorie. Parce qu’il faut bien établir des distinctions, j’explique que l’apologue est plus narratif : on a une mini-intrigue avec un dénouement dont on tire une « leçon » (« il faut observer avant d’expliquer » pour La dent d’or de Fontenelle, « c’est bien de chanter mais il faut être prévoyant » etc.). Avec l’allégorie, on est plus proche du « tableau » que du récit.
  Quant à la métaphore (filée ou pas), elle pour but de faire mieux comprendre ou sentir une réalité mais on ne peut pas la lire sur un double plan (propre et figuré) (première différence), d’autre part, une métaphore peut faire sentir une réalité concrète (et pas forcément abstraite) par une autre réalité concrète.
Exemple : [Ruth se demandait]
« Quel dieux, quel moissonneur de l’éternel été
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles. »
Le croissant de lune (le « comparé ») est une réalité concrète (différence, me semble-t-il, avec l’allégorie) ; les deux plans (propre : « Ã©toiles »/ « figuré » : « champ ») sont mêlés.
C’est empirique et ça ne vaut que ce que valent les distinctions en littérature.


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