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Article : [592] - Mises en sc√®ne de L’Ecole des Femmes


jeudi 17 juillet 2008

Par Isabelle Farizon

Il s’agissait de recenser les repr√©sentations film√©es disponibles et p√©dagogiquement int√©ressantes de L’Ecole des Femmes de MOLIERE pour √©tudier la pi√®ce en Seconde.
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.

Mises en scène existantes

  L’enregistrement audio de la pi√®ce par Louis JOUVET et sa compagnie est en vente sur Livraphone.
  La mise en sc√®ne de Raymond ROULEAU (1973) pour la t√©l√©vision, avec Bernard Blier et Isabelle Adjani, n’est plus disponible au CRDP. C’est un excellent enregistrement [voir ci-dessous pour une comparaison avec d’autres mises en sc√®ne].
  La mise en sc√®ne de Robert MANUEL (1995), tourn√©e √† Monaco, est disponible dans le commerce. C’est une mise en sc√®ne traditionnelle, avec un d√©cor r√©aliste, des r√©cits jou√©s. La version est exploitable en cours, car le personnage d’Arnolphe, jou√© de mani√®re tr√®s plaisante par Galabru, poss√®de une dimension grotesque, et celui d’Agn√®s, interpr√©t√© par Emmanuelle Livry, est cr√©dible. Un inconv√©nient : la pi√®ce est coup√©e (amputation de parties de monologues d’Arnolphe, suppression des sc√®nes avec le Notaire), mais cela peut √™tre un pr√©texte pour r√©fl√©chir sur les parti-pris d’une mise en sc√®ne.
  La mise en sc√®ne d’Eric VIGNER (1999), par la Com√©die Fran√ßaise, peut √™tre exploit√©e car le metteur en sc√®ne choisit une interpr√©tation tragique d’Arnolphe : la pi√®ce perd tout son comique, il n’y a plus aucun √©l√©ment de farce. C’est discutable et cela n’enthousiasmera sans doute pas les √©l√®ves, mais cela permet de travailler sur les diff√©rentes interpr√©tations possibles du personnage d’Arnolphe.
  La mise en sc√®ne de Didier BEZACE (2001), avec Pierre Arditi et Agn√®s Sourdillon, tourn√©e dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes en Avignon, est disponible dans le commerce avec un making-off et un CD-Rom « 50 jours pour mettre en sc√®ne » [voir ci-dessous pour des avis sur cette mise en sc√®ne et des comparaisons avec d’autres].
  La mise en sc√®ne de Jacques LASSALLE (2006) avec Philippe Bianco, Monique Brun, Eric Hamm, tourn√©e au th√©√Ętre de l’Ath√©n√©e, reprend la mise en sc√®ne de Jouvet ; elle est disponible (aux √©ditions Hatier et dans le commerce) en double DVD (2h18) avec en bonus : Louis Jouvet ou l’amour du th√©√Ętre, des interviews de Lassale et des acteurs, un forum de discussions « Filles / Gar√ßons : enjeux, rivalit√©s et espoir » et le livret de la pi√®ce [voir ci-dessous pour une comparaison avec d’autres mises en sc√®ne].
  La mise en sc√®ne de Jean-Pierre VINCENT (2008) avec Daniel Auteuil et Lyn Thibault n’est pas encore disponible en DVD.

Quelques avis de colistiers sur la mise en scène de Didier BEZACE

  « Je passe souvent le d√©but aux √©l√®ves, mais je trouve l’actrice qui joue Agn√®s, et surtout sa voix, insupportables. Les √©l√®ves aussi d’ailleurs. Le d√©cor est tr√®s sobre, voire aust√®re, les personnages sortent des planches par des trappes et la sc√®ne de l’arriv√©e d’Arnolphe avec la querelle des domestiques est assez comique. Arditi joue un Arnolphe inqui√©tant, √† la limite de la folie furieuse. »
  « Pierre Arditi donne √† Arnolphe un jeu presque tragique (me semble-t-il). Agn√®s : loin de la toute jeune, fra√ģche et enjou√©e Isabelle Adjani. Pas si jeune, la voix rauque, mais quel jeu ! Je ne sais comment d√©finir : "na√Įvet√© rugueuse", "mal d√©grossie"... »
  « La version avec Pierre Arditi est assez particuli√®re car la pi√®ce a √©t√© enregistr√©e √† Avignon un soir o√Ļ il y avait beaucoup de vent, ce qui oblige les acteurs √† crier leur texte. Elle est int√©ressante cependant par le jeu de Pierre Arditi qui incarne un Arnolphe qui va jusqu’√† faire preuve de violence physique √† l’√©gard d’Agn√®s. C’est assez insupportable d’ailleurs mais tr√®s parlant pour les √©l√®ves qui comprennent vite, quand on leur montre une autre mise en sc√®ne, combien un metteur en sc√®ne donne sa lecture personnelle de l’Ňďuvre. Je n’utilise que des extraits de cette mise en sc√®ne. »
  « J’ai trouv√© les choix de mise en sc√®ne tr√®s int√©ressants. Ils m’ont permis de r√©fl√©chir avec les √©l√®ves sur la symbolique de l’espace, le ring, la verticalit√©, le clair-obscur et les jeux de lumi√®res, l’√©volution d’Arnolphe sur cet espace. Par ailleurs, les bonus sont aussi tr√®s int√©ressants et nous ont permis d’enrichir nos √©changes sur le jeu d’acteur ou les partis pris de mise en sc√®ne, par exemple l’ambigu√Įt√© d’Agn√®s dans la sc√®ne du petit chat... ».

Travail sur la mise en sc√®ne de Didier BEZACE en comparaison avec d’autres

  Comparaison avec la mise en sc√®ne de Jacques LASSALLE : « L’ann√©e derni√®re j’ai travaill√© sur la mise en sc√®ne √† Avignon, avec Arditi, et avec la mise en sc√®ne de Lassalle. Nous avons compar√© les sc√®nes √©tudi√©es en classe et il a √©t√© tr√®s vite clair pour les √©l√®ves que la mise en sc√®ne Lassalle tirait Arnolphe vers le comique, au contraire du jeu d’Arditi. Tr√®s enrichissant pour eux (d√©cors : une maison ou le plateau nu ; costumes : tr√®s XVIIe ou plus intemporels ; mouvements : tr√®s farcesques ou plus immobiles...). L’√©valuation finale a d’ailleurs port√© sur l’interpr√©tation √† donner au Arnolphe de Moli√®re (dissertation ou monologue en commentaire : Arnolphe, personnage comique ou tragique). L’ensemble a plut√īt bien march√©. »
  Comparaison avec la mise en sc√®ne de Raymond ROULEAU : « J’ai l’habitude d’utiliser la mise en sc√®ne de Didier Bezace, mais pas dans son int√©gralit√©. A titre personnel, j’ai mis beaucoup de temps √† appr√©cier cet enregistrement de spectacle, dans la mesure o√Ļ le travail de ce metteur en sc√®ne particuli√®rement minutieux ne r√©v√®le toute son ampleur et sa magie qu’ "en direct", et dans la mesure o√Ļ le parti pris est de faire sentir une pesanteur presque tragique sur cette pi√®ce que nous connaissons tous comme purement comique. Pourtant, j’ai fini, apr√®s une √©tude plus approfondie d’un extrait, par changer d’avis, et par approcher la richesse de l’interpr√©tation propos√©e par Bezace. Pour √™tre plus pr√©cise, j’ai d√©cid√©, apr√®s une lecture analytique de la fameuse sc√®ne II, 5, de comparer avec l’adaptation film√©e de Rouleau. Je commence par montrer la plus ancienne (et classique !) : les √©l√®ves rep√®rent le r√©alisme recherch√© dans les d√©cors (palissades du jardin, et m√™me b√™lements intempestifs —> Ah ! merveilleuse campagne et symbole appuy√© de l’innocence !), dans les costumes (les √©l√®ves adorent les "vieux v√™tements") et commentent avec d√©lectation le physique des com√©diens ("Arnolphe, il est vieux et moche" alors que la jeune Adjani est magnifique) ; on en vient √† d√©crypter tous les signes qui renvoient aux personnages-types du barbon (un petit air lubrique, mais juste ce qu’il faut, et un ton autoritaire pour envoyer Agn√®s dans sa chambre) et de l’ing√©nue (la poup√©e tenue puis lanc√©e en l’air par une Agn√®s exultant de joie fait un malheur). Nous visionnons ensuite la mise en sc√®ne de Bezace et l√†, l’enthousiasme des √©l√®ves retombe, puis les critiques fusent : "d’abord, y a rien" (le plateau nu heurte les repr√©sentations clich√©s que les √©l√®ves se font du th√©√Ętre), "et puis Agn√®s, elle est vieille et moche !" et enfin, ils passent sous silence le malaise qui les a saisis √† la fin de la sc√®ne quand Arnolphe fait preuve d’une violence impressionnante pour soumettre Agn√®s. Et c’est sur ces remarques que je m’appuie pour essayer de transmettre la lecture que Bezace fait de la pi√®ce. Guid√©s par les questions, les √©l√®ves rel√®vent que la "laideur" d’Agn√®s tient surtout aux affreuses nattes d’un roux sale qu’elle porte (et qui ont l’air d’un postiche) et au costume d’√©coli√®re, col Claudine compris, dans laquelle la com√©dienne est comprim√©e. Enfin, ils constatent qu’Agn√®s, dans cette version, m√®ne le premier quiproquo, d√©fie Arnolphe du regard, et prend plaisir √† le torturer. Nous en arrivons alors √† dire que cette Agn√®s n’est pas une ing√©nue, c’est une femme avertie (avertie notamment ici sur la sexualit√©) qu’un homme oblige, par la force, √† rester une petite fille en l’affublant de tous les symboles visibles de la minorit√©. En somme Bezace renouvelle la d√©nonciation de Moli√®re et, avec une modernisation d√©concertante de prime abord, il montre comment peut s’exercer l’oppression masculine, oppression qui conduit d’ailleurs √† un malheur mutuel. En effet les √©l√®ves interpr√®tent les silences pesants qui s√©parent les r√©pliques non plus seulement comme quelque chose d’ennuyeux, mais comme les signes d’une communication impossible entre ces deux √™tres en souffrance, cet homme et cette femme qui ne peuvent √™tre aim√©s et consid√©r√©s pour ce qu’ils sont. Vous l’avez compris, mes r√©serves premi√®res pour le travail de Bezace ont c√©d√© le pas √† une admiration profonde... »

Merci à Elodie BENARD, Marie CASTELLA, Corinne DURAND-DEGRANGES, Marie-Christine GAUTRONNEAU, Ingrid LESUEUR, Lilianne MARTINET, Ann MICHENET, Laetitia MONTSERRAT, Claudie RIGAUX, Régine STRAHAIANO-FAVOT, Marie-Annick TILLY, Muriel VELTY LEBRETON.


Ce document constitue une synth√®se d’√©changes ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lyc√©e) ou en priv√©, suite √† une demande initiale post√©e sur cette m√™me liste. Cette compilation a √©t√© r√©alis√©e par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni √† titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est prot√©g√© par la l√©gislation en vigueur en mati√®re de droits d’auteur. Toute rediffusion √† des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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