banniere

L'espace visiteurs

[946] - La solitude en poésie

Il s’agissait de constituer un groupement de poèmes qu’il serait possible d’intituler, pour reprendre les termes de l’objet d’étude, « Écriture poétique et quête du sens de la solitude ».
Synthèse mise en ligne par Murielle Taïeb.

 

XVIIe siècle

- BEDOUT G., « La solitude amoureuse »
Poète gascon (1617-1692).
- DONNE J., Poèmes
Celui qui se trouve en exergue du roman Pour qui sonne le glas.
- LA FONTAINE J. de, « Le rat qui s’est retiré du monde », Fables, Livre VII, fable 3, 1668.
Solitude stratégique d’un Tartuffe : « La solitude était profonde, / S’étendant partout à la ronde. / Notre ermite nouveau subsistait là-dedans. [...] Il devint gros et gras ; Dieu prodigue ses biens / A ceux qui font vœu d’être siens. »
- LA FONTAINE J. de, « Le songe d’un habitant du Mogol », Fables, Livre XI, fable 4, 1678.
Otium, « amour de la retraite ».
- SAINT-AMANT M.A. de, « La Solitude », Œuvres, 1617
Amour de la solitude : « O ! que j’aime la solitude ! / Que ces lieux sacrés à la nuit, / Éloignés du monde et du bruit, / Plaisent à mon inquiétude ! / Mon Dieu ! Que mes yeux sont contents / De voir ces bois qui se trouvèrent / A la nativité du temps, / Et que tous les Siècles révèrent, / Être encore aussi beaux et verts, / Qu’aux premiers jours de l’Univers ! » Mais cet hymne à la Nature solitaire s’achève par une strophe-chute galante : « O que j’aime la solitude ! / C’est l’élément des bons esprits, / C’est par elle que j’ai compris / L’art d’Apollon sans nulle étude. / Je l’aime pour l’amour de toi, / Connaissant que ton humeur l’aime / Mais quand je pense bien à moi, / Je la hais pour la raison même / Car elle pourrait me ravir / L’heur de te voir et te servir. »
- VIAU Th. de, « La Solitude ».
Ce « val solitaire et sombre », lieu idyllique pour des ébats amoureux avec « Corine » : « Ici l’amour fait ses études, / Vénus dresse des autels, / Et les visites des mortels / Ne troublent point ces solitudes. »

XIXe siècle

- ARVERS F., « Mon âme a son secret »
Mis en musique par Gainsbourg, un amour inavoué : « Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu, / Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire. / Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre, / N’osant rien demander et n’ayant rien reçu. »
- BAUDELAIRE Ch., « Recueillement », Les Fleurs du Mal, 1857.
Le poète s’adresse à sa douleur, et donc à lui-même pour s’apaiser. Une solitude thérapeutique ? « Sois sage, ô ma Douleur [...] Pendant que des mortels la multitude vile, [...] Va cueillir des remords dans la fête servile, / Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici, / Loin d’eux. »
- BAUDELAIRE Ch., « La Solitude », Petits Poèmes en prose, 1869.
Apologie condescendante d’une solitude recherchée par « les amoureux de la solitude et du mystère » et propice à la création, offrant les « voluptés [...] du silence et du recueillement ». Une satire antithétique frappe les « races jacassières ».
- HUGO V., « Soleils couchants », Les Feuilles d’automne, 1831.
Solitude de celui qui meurt : « Je m’en irai bientôt, au milieu de la fête, / Sans que rien manque au monde immense et radieux ! »
- HUGO V., « Demain, dès l’aube... », Les Contemplations, 1856.
Solitude d’un père qui a perdu sa fille : « Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, / Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. [...] Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe / Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. »
- LAMARTINE A. de, « L’isolement », Méditations poétiques, 1820.
Désespoir, indifférence à tout, de l’amoureux abandonné (en l’occurrence, perte de la femme aimée qui est morte) : « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »
- LAFORGUE J., « Spleen », Poèmes inédits, 1880.
Désœuvrement vaguement décadent. « Seul, je ne puis dormir et je m’ennuie encor. »
- MALLARME S., « Brise Marine », Poésies, 1865.
Solitude-Ennui. « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. / Fuir ! là-bas fuir ! »
- MUSSET A. de, Nuit de décembre, 1835.
Allégorie qui tient en haleine jusqu’au bout : « Ami, je suis la Solitude. » Musset revisite son passé d’enfant, d’adolescent et d’amant trahi. Il y réveille les fantômes d’un double étrange et complice « qui [lui] ressemblait comme un frère ».
- O’NEDDY Ph., « Spleen », Feu et flamme, 1829.
Le poète touché par le spleen subit une solitude profonde qui peut confiner au sentiment de l’exil dans un monde étranger voire hostile. « Ah ! pleure mais tout bas, de peur que l’ironie / De misère et d’orgueil n’accuse ton génie. / Et point d’amis encore ! Il te faut pleurer seul. »

XXe siècle

- BARBARA, « La Solitude », 1965.
La chanteuse évoque un personnage féminin qui l’accompagne partout et la harcèle. On découvre à la fin qu’il s’agit d’une allégorie de la solitude. « Allez, va-t-en porter ailleurs / Ta triste gueule de l’ennui. / Je n’ai pas le goût du malheur. / Va-t-en voir ailleurs si j’y suis ! »
- BERGER M., « La groupie du pianiste », 1980.
L’enfer, c’est d’être seul(e) sur terre, sans l’être aimé : « Elle le suivrait jusqu’en enfer / Et même l’enfer c’est pas grand-chose / À côté d’être seule sur terre / Et elle y pense dans son lit / Le soir entre ses draps roses. »
- BREL J., « Une île », album Les Bourgeois, 1962.
Amour-tendresse-solitude à deux ; la solitude à deux est un idéal de l’amour comme la solitude à plusieurs dans un monastère est un idéal religieux. « Une île / Et qu’il nous reste à bâtir / Mais qui donc pourrait retenir / Les rêves que l’on rêve à deux »
- CHARPENTREAU J., « L’arbre ».
« Perdu au milieu de la ville, / L’arbre tout seul, à quoi sert-il ? [...] / Il suffit de le demander / A l’oiseau qui chante à la cime. »
- ELUARD P. / MAN RAY, « Solitaire », Les Mains libres, 1937.
L’artiste surréaliste a besoin de l’autre et de l’amour pour être et pour créer. « Qui peut vivre seul / Sans toi / Qui ».
- FERRE L., « La Solitude », 1971.
Chanson qui a donné son titre à l’album La Solitude.
- FOMBEURE M., « Solitude », Greniers des saisons , 1942.
La solitude paradoxale dans la ville et dans la foule : « Je marche sans arrêt / Dans cette énorme ville [...] / Je marche sans arrêt / Perclus de solitude / Dans ces déserts mortels / Tout luisants de regards ».
- HOUELLEBECQ M., « Isolement »
« Où est-ce que je suis ? / Qui êtes-vous ? / Qu’est-ce que je fais ici ? / Emmenez-moi partout [...] / Dites-moi qui je suis / Regardez-les mes yeux / Êtes-vous mon amie ? / Me rendrez-vous heureux ? » Mis en musique par Jean-Louis Aubert (2014)
- HOUELLEBECQ M., « Le train de Crécy-la-Chapelle », La Poursuite du bonheur, 1997.
La solitude de l’adolescent qui n’a pas de succès avec les filles : « Je n’osais pas danser, je n’osais pas partir, / Personne ne m’embrassait. Je me sentais bien seul. »
- HOUELLEBECQ M., « L’amour, l’amour », La Poursuite du bonheur, 1997.
La solitude sexuelle : « Juste une solitude aggravée par la joie / Impudique des femmes / [...] / Je m’adresse à tous ceux qu’on n’a jamais aimés, / Qui n’ont jamais su plaire ; / Je m’adresse aux absents du sexe libéré. »
- HOUELLEBECQ M., « Il est vingt et une heures... », La Poursuite du bonheur, 1997.
La solitude suicidaire : « S’il y a quelqu’un qui m’aime, sur Terre ou dans les astres, / Il devrait maintenant me faire un petit signe. / Je sens s’accumuler les prémices d’un désastre, / Le rasoir dans mon bras trace un trait rectiligne. »
- JUARROZ R. (1925-1995), Poésie verticale
« Je pense qu’en ce moment / Personne peut-être ne pense à moi dans l’univers. » Poète de la verticalité. De haut vol.
- KINET M., « Berceuse à voix tue », Poésie.
Poétesse sur le tard (1948-1996), d’une grande exigence poétique. A découvrir.
- LAMA S., « Je suis malade », 1973.
« Je n’ai plus envie de vivre ma vie / Ma vie cesse quand tu pars [...] Je suis malade complètement malade / Comme quand ma mère sortait le soir / Et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir ».
- MARJANE L., « Seule ce soir », 1942.
« Je suis seule ce soir / Avec mes rêves, / Je suis seule ce soir / Sans ton amour. [...] Je suis seule ce soir / Avec ma peine / J’ai perdu l’espoir / De ton retour ».
- MOUSTAKI G., « Ma solitude », 1966.
La solitude « amie », « complice », même si le chanteur « préfère l’amour / D’une autre courtisane ». « Non, je ne suis jamais seul / Avec ma solitude ». Chanson interprétée par Serge Reggiani.
- NORGE, « Iles désertes »
Poète (1898-1990) : « Brusquement il comprit qu’il était une île déserte. Au secours ! hurla-t-il. Mais pourquoi appeler puisqu’il n’y a personne ? Oui, quelquefois au loin, une autre île déserte et qui crie au secours. »
- PREVERT J., « Déjeuner du matin », Paroles, 1946.
- ROUD G., Air de la solitude, 1945.
Tout le recueil de ce poète suisse. Beau, style limpide, accessible à tous.
- SICAUD S, « Vous parlez ? »
Poétesse (1913-1928) : « On doit apprendre à souffrir seul. »

Pistes de recherches

- Voir du côté des Baroques noirs
Saint-Amant et l’Agrippa d’Aubigné mélancolique du Printemps beaucoup moins connu que Les Tragiques, la solitude avec folie.

- Chez les Anglais
Des choses magnifiques chez John Donne et surtout dans les chansons pour haute-contre : interprétations récentes et éblouissantes d’Andreas Scholl, ou l’extraordinaire Philippe Jaroussky.


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur
Profs-L (liste de discussion des
professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale
postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la
personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information
seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la
législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à
des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.

© WebLettres
Pour tout renseignement : Contact
</CENTER >




François Freby

- Dernières publications :
[1065] - Apprécier notre monde à sa miraculeuse valeur
[1 007] - Duels argumentatifs dans la littérature
[1 006] - Le mythe de la tour de Babel
[967] - Phrases célèbres et Question de l’Homme
[946] - La solitude en poésie









Forum relatif à cet article

  • Le forum est ouvert - 04-09-2014 - par Administrateur

    Vous pouvez à votre tour apporter une contribution à cet échange en proposant des titres, adresses de sites, références bibliographiques voire témoignages qu’il vous semblerait utile de publier en complément de cette synthèse.

    MENTIONS LÉGALES
    Cet espace est destiné à vous permettre d’apporter votre contribution aux thèmes de discussion que nous vous proposons. Les données qui y figurent ne peuvent être collectées ou utilisées à d¹autres fins. Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site. Seront en particulier supprimées, toutes les contributions qui ne seraient pas en relation avec le thème de discussion abordé, la ligne éditoriale du site, ou qui seraient contraires à la loi. Vous disposez d’un droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent. Vous pouvez, à tout moment, demander que vos contributions à cet espace de discussion soient supprimées. Pour exercer ce droit, http://www.weblettres.net/index3.php?page=contact.


contact Contact - Qui sommes-nous? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Admin


© Copyright WebLettres 2002-2017
Les dossiers de WebLettres sont réalisés avec Spip